
Je n’ai jamais cru au mythe des sirènes, à leurs prétendus chants enivrants. Rationnelle, posée, me méfiant de l’intuition, et des chimères, tout ça ne représentait pour moi qu’une vaste plaisanterie. Tout au plus, l’odeur des embruns s’imposait quand je les imaginais, mais si je me concentre, l’odeur douce devient doucereuse, désagréable. L’idée des écailles de poissons n’a pour moi rien d’un rêve, j’en viens à me demander ce qui fait tant fantasmer les hommes. Qu’importe, Disney a raté le coche, la petite sirène n’a pas marqué ma vie, Ariel n’était pas assez jolie.
Très tôt, j’ai eu le goût des jolies femmes, et je suis successivement tombée amoureuse de Jasmine, de Pochoantas et de tant d’autres emblèmes de l’enfance. Je me rendais bien compte que mes envies différaient de celles des autres petites filles, mais ça ne m’angoissait pas tant : dans ma famille aussi, certaines filles préfèrent les filles. J’ai eu une enfance des plus saines, embrassant derrière les cabanes petits garçons et petites filles, sans me soucier du quand dira-t-on, puisqu’on n’en disait rien, de toutes façons. Mon adolescence s’est amorcée sans heurts, je n’ai jamais été d’aucuns combats. Mon monde n’était pas pervers, mon monde me laissait vivre. On aime, comme on a été aimé, j’aimais simple, pur et vrai.
Lorsqu’une des mes conquêtes décida de m’emmener en bateau, je cédais rapidement. Après tout, si la Mer ne m’attirait pas tant, l’idée de l’amour au large avait de quoi me séduire. Je me laissais prendre dans les filets de cette fille, mieux fichue que la plus jolie des sirènes.
Dès la première nuit, j’ai été réveillée par une sensation étrange, l’impression d’être oppressée, étouffée. Dans ce lit d’1m20 de large, la proximité frôlait la promiscuité et nous n’en étions pas là. Je montai sur le pont, observant les rouleaux impétueux se rompre sur la coque. J’aurais pu rester là des heures entières, entre l’envie d’être éternelle et la langueur tenace de la mélancolie. Au loin, il y avait quelque chose, si j’avais été moins carrée, j’aurais songé quelqu’un. Ca n’avait pas de sens, la fatigue allait l’emporter sur l’esprit, il était temps de rejoindre ma couche, non sans prendre soin de mettre un oreiller entre elle et moi. Je ne suffoquai plus, et dormis longtemps.
La nuit suivante, le cirque repris à l’identique. Et la nuit d’après. Ereintée, je songeais à rentrer au port. Mais quelque chose me retenait, m’anesthésiait, me captivait, sans que je n’ose me l’avouer. Au loin, au large, il y avait toujours cette chose, ressemblant de plus en plus à une personne à mesure que l’épuisement me gagnait. A mesure que mon envie de me laisser glisser dans l’eau prenait naissance. On dit que certains sont pris de cette folle envie lorsqu’ils observent trop longtemps des chutes d’eau, je n’étais donc en plein délire mystique, mon esprit n’était pas plus furieux qu’un autre. Mais cette envie…
Une nuit, je fus certaine d’avoir vu une femme. Enfin, une femme, si l’on peut dire. Le haut de son corps était d’une telle pureté, d’une beauté si rare que je sentis mon le bas de mon ventre tressaillir. Mais lorsque je descendis le regard pour me perdre dans la contemplation de ses jambes, dont j’étais persuadée de les découvrir interminables, ce fut pour y trouver un corps de poisson. Une nausée me prit, tant l’odeur, que je ne pouvais qu’imaginer, me monta au nez.
Confuse, furieuse, avant tout contre moi-même, et contre ces folles images qui me poursuivaient, je n’avais plus qu’une idée en tête : quitter le bateau, fuir ce dégoût, mêlé d’un désir tenace et dérangeant. Fantasmer sur un poisson, pur produit d’imagination..
Peu à peu, une incroyable lubie s’est imposée dans mon esprit : il me fallait la toucher. C’était une obsession, j’en oubliai de caresser la sirène qui dormait dans mon lit.
Poussée par la plus grande déraison qui m’ait jamais habitée, je me surpris à me déshabiller et à me laisser glisser dans les remous furieux de cette étendue glacée, dans l’unique espoir de savoir que croire.
Le contact fut violent, le choc des plus rudes. L’eau m’entrait dans les yeux, la gorge, les oreilles. Elle me transperçait. Suffocant, j’entendis, avec une étonnante clarté, le chant enivrant des sirènes.
1 commentaire:
Très chouette, mais.. Arielle aussi est une jolie femme :D
Je t'aime
Enregistrer un commentaire