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vendredi 6 août 2010

Si j'étais un homme.


Si demain, je me réveillais homme, hôte d’un corps musclé, visiteur d’un visage où s’épanouirait une barbe de trois jours mal disciplinée, je ne me donnerais la peine de rien.

Ni celle de faire l’effort d’être un bon gars, ni celle d’être correct, pas même celle de faire semblant. Etre moi serait bien suffisant, et tant pis, si pas tant mieux, pour ce que je briserais au passage. Cœurs, objets, membres, estimes, après tout… Depuis que le monde est monde, les hommes font la loi et personne ne s’indigne. Ou si peu. Qu’ils grognent, après tout, mes poings serviraient de rappel à l’ordre. Qu’elles montent au créneau, on les tournerait au ridicule, on les appellerait les nouvelles chiennes. On oublierait ce que leur garde a eu d’utile, on ne s’en rappelle plus déjà, on fait comme si, ça arrange le peuple, et moi, je trouverais un avantage aux railleries dont elles feraient l’objet, je me ferais mousser de leur défaite neuve et déjà dépassée.

Je trouverais même des idiotes pour me donner raison, ces femmes qu’on dit fortes et qui clament n’avoir besoin de personne, assurant que le féminisme est mort et qu’il faut en brûler les restes. Elles finissent bien vite sous un joug ou l’autre, mais quelle importance. Elles se croient affranchies, grand bien leur fasse, en un sens, elles me donneront le droit de leur chier sur le coin de la tronche. Pourquoi s’en plaindre, à quoi bon s’en étonner ? Tout tourne de travers, ça ne pourra que me plaire. Je serais du né du bon coté.

Ca sera tout pour ma gueule, pour une fois. Rien ne m’arrêtera, pas même un mal aux seins en fin de mois, ou une douleur lancinante aux ovaires pour me mettre à l’envers. Mes hormones ne prendront plus en otage mes émotions, le seul risque restera celui d’une testostérone débordant dans la face d’un emmerdeur, plus celui des larmes intempestives, des colères légères qu’un souffle repousse, et de ces détails qui font perdre tout crédit aux femmes. J’aurai le monde à mes pieds, et je lui cracherai dessus.

Quant aux femmes, et bien les femmes… J’en ferai ce que je veux.
Je débaucherais les précieuses, composerais le code secret, un je t’aime, elles ouvrent les cuisses, un projet, il n’y a même plus à être pressant, elles t’attendent à demi-nue dans le salon.
Je tremperais aussi dans les faciles qui n’ont que faire de rien, ça m’amuserait moins, mais ça aurait le mérite de me vider les couilles. Un bon compromis entre fatigue et solitude, et l’indéniable petit plus : elles ne rêvent jamais de rester jusqu’à l’aube. L’affaire bouclée, elles se tirent vite fait, on n’a pas à penser au taxi et ce sont même elles qui amènent les capotes. La nouvelle vague des féministes 2.0 plus transparentes que jamais. Je ne referais pas le monde, j’en profiterais tel qu’il est.
Tout pour ma gueule, j’ai dit.

Je garderais le meilleur pour la fin et profiterais sans vergogne de celles qui se veulent libérées la nuit mais n’assument pas au petit matin, c’est d’elles que je me régalerais le plus. On les retourne dans toutes les positions, elles te sucent avant de te donner leur prénom, elles te présentent leur cul, elles ne disent non à rien et oui aux choses que tu n’oserais pas proposer à une actrice de x, ou à une pute, mais le plus drôle, ça reste le matin, quand elles te préparent le café et te somment de ne rien révéler de leur coté sulfureux, parce que tu vois, là où je bosse, ils ne comprendraient pas. J’en aurais rien à foutre de leurs problèmes, j’assumerais mieux que bien, et je raconterais tout aux potes, et les potes, ben… Ils en feraient ce qu’ils veulent de mes frasques, hein.

Je raconte ça aux copines et elles me trouvent cruelles. Je leur en parle des étoiles dans les mirettes et ça les choque. La version de moi en mec leur fait horreur, et pourtant, leurs mecs, ex’s et pères ne sont pas loin de cette image. A croire que mes lèvres leur paraissent trop délicates pour être le berceau de tels plaisirs,et que mon visage doux ne peut réellement esquisser de tels projets sans qu’on me rappelle ma condition de mignonne petite chose. Soit telle et tais-toi.

Pourtant, je vous assure, le matin où je me réveille homme, je me lève, me trouve un coin pour pisser la queue à l’air, et haut les cœurs.

mardi 3 août 2010

Thème : Le penseur.



[L'atelier de cette semaine comporte deux options :
• Si vous connaissez l'histoire de la Divine Comédie et que vous vous en sentez le courage (parce que ça risque de ne pas être hilarant), vous pouvez tenter de retracer le cheminement des pensées de Dante dans l'antichambre de l'Enfer.
• Si comme moi vous êtes un peu à la masse quand on vous dit que ce texte est une merveille de la littérature parce que vous ne l'avez jamais lu, alors vous pouvez considérer le Penseur simplement comme un homme (et non comme le personnage qu'il représente) et lui inventer des sujets de réflexion et d'interrogations (exemple : "Mais où ais-je rangé mon string en dentelle ?" se demanda le penseur).]





Assis là, j’ai franchement l’air d’un trouffion.

Franchement. Ne cherchez pas à me rassurer, ne prenez pas l’air sévère pour me conter ce que ma pose possède d’artistique. Foutaises. J’ai l’air d’un vrai blaireau, les burnes à l’air. Mon air inspiré ne rattrape rien, croyez-moi.

Figé.
Glacé l’hiver, le froid mordant, esquintant ce qu’il reste en moi d’humain.
Incandescent l’été, la chaleur m’oppressant, faisant fondre les fientes des pigeons moqueurs, les chewing-gums, oublis volontaires des enfants. Ricanements.
Figé.

Constant, stable, ineffable, je fais office de valeur sûre, d’homme idéal.
Je n’irai jamais nulle part, je n’ai d’autre liberté que celle de penser, madame, vous n’aurez qu’à l’oublier, m’installer dans votre salon, je serai votre roi, le roi des cons. Je resterai, songeur, devant vos envies, vos caprices, vos futilités.
Vous serez libre de croire que certains soirs c’est à vos atours que je rêve.
Je suis condamné a espérer me ternir dans un intérieur meublé sans goût mais sans assauts météorologiques, sans catastrophes naturelles, sans gosses cruels.
Comprenez… Les siècles ont passé, je m’effrite, ne tarderai plus à m’émietter pour de bon.

Je voudrais seulement qu’on m’époussette, qu’on me lustre, retrouver la flamme, la stature qui en imposait tant. Si vous m’emportez, madame, peut-être je vous narrerai l’histoire du jour où l’on me changea en pierre.
Ah, idiot de penseur que je suis.