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mercredi 8 décembre 2010

La chanson.


Thème : La chanson. Choisir une chanson qui nous parle pour une raison ou une autre, l'expliquer, ou en faire une fiction.
Chanson choisie : « La vie devant moi » Zazie.

~ Invente-moi des histoires, que je puisse enfin, enfin trouver le sommeil... ~


Air buté, visage fermé, traits tirés. Tous les matins, devant ta tasse de café, te féliciter d’être parvenue à grappiller une minute de sommeil en plus, en te couchant plus tôt, en rangeant tes affaires le soir, en étant méthodique et ordonnée. Tu en pleurerais. C’est la vie en gris.
Le bain du matin le lundi, devient douche le mercredi, s’efface le vendredi. Le manque de sommeil l’emporte sur le reste. Les cheveux sont moins nets, les tenues moins douces, le teint plus terne. Le déjeuner, baclé, assis tailleur dans l’escalier. C’est la cavalcade, la course pour être à l’heure. Un galop furieux vers l’abrutissement. Pardon, l’aboutissement. C’est la vie en petit.
L’hiver, les journées s’étirent, le froid brise, on s’enferme loin de la clarté, on ne sort qu’une fois la nuit tombée. On n’a pas à attendre longtemps. On quitte la vie dans le noir, on la retrouve dans le même état.


~ Berce-moi d’illusions, de rêves de mômes, quand on sera grands, ils seront gentils les hommes ~


Partout, l’oubli des seules choses qui ont un prix. L’amour a perdu du terrain, sale temps pour les romantiques, pour les rêveurs. Ce n’est pas qu’on s’y soit fait, le plus terrible, c’est qu’on en a fait combat, une revendication, un hymne. On se veut perdant, on en réclame le droit. Les hommes sont durs, on les excuse, on les encourage, pire, on leur permet la cruauté. Et que pleuvent les injures à l’amour, et que se brisent les histoires. Sans regrets, tout est pourri. C’est tout ou rien, on prend, on jette. On l’accepte. C’est la vie en moins.


~ dis-moi que j’ai le temps de trouver l’amour, avant que l’amour ne soit plus qu’un rêve d’avant. ~


Une constante, un devoir : rater sa première histoire d’amour. La réussir serait un échec, un manque de respect à la jeunesse. Une fois la rupture digérée, se jeter à cœur perdu sur d’autres corps, s’abîmer les sens contre des odeurs qui ne nous appellent pas, et finalement, se créer la vie la plus sécurisée qui soit. C’est hypocrite, mais tant pis. Prends un amant pendant deux ans à, vis avec lui pendant trois ans, fais lui gosse pour les mauvaises raisons, quand tu auras l’âge, l’argent, la situation, épouse-le ce partenaire, mais rassure-toi si ton cœur ne bat pas la chamade, tu divorceras bien avant d’avoir vu grandir le fruit de vos entrailles. C’est la règle, mais les jeux sont pipés. Si tu crois à l’amour, tu es perdu d’avance. Rentabilise ton corps, qu’on te l’éclate, ne passe pas à coté de ta jeunesse. Tu finiras toute seule, mais c’est un moindre mal, tu auras appris à ne penser qu’à toi. Ca ne te changera pas tellement. Encaisse, ma grande, et souris. Si tu tires la tronche, tu ne donneras pas envie. Encaisse.


~ Dis-moi que j’ai le temps de courir le Monde, avant que le Monde ne soit mis à feu et à sang. ~


Tu veux voyager, mais voyager, pour aller où ? Pour apprendre quoi ? Une langue, une culture ? Pour t’enrichir. De préférence, entre 18 et 20 ans, si tes parents ont les moyens. Va donc apprendre la vie dans un appartement au loyer affolant que tu n’auras pas à sortir de ta poche. Ma grande, tu veux voyager, mais pour aller où, pour ajouter quelle valeur à ta personne ? Tu t’en fous, tu veux voir du pays, tu veux suivre le soleil, tu veux te lever tard et observer tes poils se dorer sous la chaleur. Malheureuse. Et ta carrière, -parlons-en de ta carrière, que vas-tu faire de ta vie, à la fin ? -tu vas apprendre l’anglais là-bas, au moins ? Rentabilise ton temps, ton existence, ne la laisse pas filer. Et fiche-moi la paix avec le bonheur et l’envie d’être heureux. Tu n’as qu’une vie, tu ne vas quand même pas la passer à vivre, ma belle. Et souris, je te dis.


~ Dis-moi qu’un jour, je retrouverai le courage pour avoir la vie dont je rêvais ~


Retrouver le courage pour avoir la vie dont tu rêvais, drôle d’idée. Tu rêvais d’une vie qu’on continue à appeler conventionnelle, mais qu’on n’observe plus nulle part. Du bonheur léger. Pas de grosses brûlures qui font sentir qu’on vit, parce que quand on est heureux, on perd le besoin d’être mordu, brisé, abîmé, pour se rappeler que l’espace d’un instant, on a frôlé le bonheur. Avoir besoins des cris, c’est le grand truc des gens malheureux qui se persuadent du contraire. Tu rêvais de pouvoir écrire que la vie te donne ce que tu attends d’elle. Un homme, un seul, pour toute une vie. Et qu’on en rie, ça n’est pas toi qui finira seule après cinq maris et douze amants. Une jolie maison. Des animaux. Des voyages aussi souvent que possible, au coin de la rue, au bout du Monde, ou seulement dans la tête. Un enfant, ou deux, ou trois. Etre souvent à la maison, souvent dans tes pensées. Des livres à profusion, une bibliothèque plus fournie que tu n’arrives encore à te l’imaginer, des cinémas, et de la chaleur. Des heures à écrire, tous les jours. La vie douce. L’oisiveté des mots. Ce serait bien, de retrouver le courage de se foutre de l’avis de ceux qui se trompent sur le sens à donner à ta vie. Qu’ils vivent de leurs carrières et de leurs amours en demi-teintes, de leurs vacances en hôtel-club, qu’ils profitent de leur indépendance avant qu’elle ne se mette à trop puer la solitude. Et qu’ils t’oublient.



Les paroles complètes de la chanson : ici.

lundi 6 décembre 2010

Une petite histoire pour bien dormir.


Thème : Une petite histoire pour bien dormir le soir, que l'on raconterait à un enfant/à soi-même, que l'on aurait aimé entendre, que l'on aimerait raconter. Quelque chose qui apaise.


Pelotonne-toi au fond de ton lit. Pose ton petit corps sur plusieurs oreillers, et cale ton gros ours en peluche contre le mur, qu’il fasse barrage entre le froid de la pierre et la chaleur de tes draps. Regarde-moi, j’éteins la lumière, celle qui inonde la pièce et blesse les yeux. La veilleuse la remplace, pendant que tes doigts accrochent la lampe de poche sous ta table de nuit. Il n’est plus l’heure des histoires qui font peur, plus les minutes s’écoulent, plus tu sembles frêle. Les ombres sur le mur, le souffle du vent dans les volets, les chiens qui aboient, la lune ronde et pleine, ces détails qui te tiraillent. Tu tressailles, t’effraies d’un rien, tes quinze ans s’effacent, à leur place, peine à naître une enfant de quatre ans. Je t’épelle les bruits de la vie, les roues des voitures sur les pavés, le ronron de la machine à laver, je te détaille les teintes du dehors, la lumière des phares qui se prennent dans tes rideaux, le rai de lumière perçant sous la porte de la chambre. J’embellis les cris des voisins, les chansons à la télévision.
Tu t’apaises, les dragons s’éloignent.
Les histoires ne t’aident pas à t’endormir. L’évasion te tient en éveil. Je t’accroche fermement à la réalité, et quand tu la tiens solidement entre les mains, j'éteins la lumière.

samedi 23 octobre 2010

Thème : La sirène.





Je n’ai jamais cru au mythe des sirènes, à leurs prétendus chants enivrants. Rationnelle, posée, me méfiant de l’intuition, et des chimères, tout ça ne représentait pour moi qu’une vaste plaisanterie. Tout au plus, l’odeur des embruns s’imposait quand je les imaginais, mais si je me concentre, l’odeur douce devient doucereuse, désagréable. L’idée des écailles de poissons n’a pour moi rien d’un rêve, j’en viens à me demander ce qui fait tant fantasmer les hommes. Qu’importe, Disney a raté le coche, la petite sirène n’a pas marqué ma vie, Ariel n’était pas assez jolie.
Très tôt, j’ai eu le goût des jolies femmes, et je suis successivement tombée amoureuse de Jasmine, de Pochoantas et de tant d’autres emblèmes de l’enfance. Je me rendais bien compte que mes envies différaient de celles des autres petites filles, mais ça ne m’angoissait pas tant : dans ma famille aussi, certaines filles préfèrent les filles. J’ai eu une enfance des plus saines, embrassant derrière les cabanes petits garçons et petites filles, sans me soucier du quand dira-t-on, puisqu’on n’en disait rien, de toutes façons. Mon adolescence s’est amorcée sans heurts, je n’ai jamais été d’aucuns combats. Mon monde n’était pas pervers, mon monde me laissait vivre. On aime, comme on a été aimé, j’aimais simple, pur et vrai.
Lorsqu’une des mes conquêtes décida de m’emmener en bateau, je cédais rapidement. Après tout, si la Mer ne m’attirait pas tant, l’idée de l’amour au large avait de quoi me séduire. Je me laissais prendre dans les filets de cette fille, mieux fichue que la plus jolie des sirènes.
Dès la première nuit, j’ai été réveillée par une sensation étrange, l’impression d’être oppressée, étouffée. Dans ce lit d’1m20 de large, la proximité frôlait la promiscuité et nous n’en étions pas là. Je montai sur le pont, observant les rouleaux impétueux se rompre sur la coque. J’aurais pu rester là des heures entières, entre l’envie d’être éternelle et la langueur tenace de la mélancolie. Au loin, il y avait quelque chose, si j’avais été moins carrée, j’aurais songé quelqu’un. Ca n’avait pas de sens, la fatigue allait l’emporter sur l’esprit, il était temps de rejoindre ma couche, non sans prendre soin de mettre un oreiller entre elle et moi. Je ne suffoquai plus, et dormis longtemps.
La nuit suivante, le cirque repris à l’identique. Et la nuit d’après. Ereintée, je songeais à rentrer au port. Mais quelque chose me retenait, m’anesthésiait, me captivait, sans que je n’ose me l’avouer. Au loin, au large, il y avait toujours cette chose, ressemblant de plus en plus à une personne à mesure que l’épuisement me gagnait. A mesure que mon envie de me laisser glisser dans l’eau prenait naissance. On dit que certains sont pris de cette folle envie lorsqu’ils observent trop longtemps des chutes d’eau, je n’étais donc en plein délire mystique, mon esprit n’était pas plus furieux qu’un autre. Mais cette envie…
Une nuit, je fus certaine d’avoir vu une femme. Enfin, une femme, si l’on peut dire. Le haut de son corps était d’une telle pureté, d’une beauté si rare que je sentis mon le bas de mon ventre tressaillir. Mais lorsque je descendis le regard pour me perdre dans la contemplation de ses jambes, dont j’étais persuadée de les découvrir interminables, ce fut pour y trouver un corps de poisson. Une nausée me prit, tant l’odeur, que je ne pouvais qu’imaginer, me monta au nez.
Confuse, furieuse, avant tout contre moi-même, et contre ces folles images qui me poursuivaient, je n’avais plus qu’une idée en tête : quitter le bateau, fuir ce dégoût, mêlé d’un désir tenace et dérangeant. Fantasmer sur un poisson, pur produit d’imagination..
Peu à peu, une incroyable lubie s’est imposée dans mon esprit : il me fallait la toucher. C’était une obsession, j’en oubliai de caresser la sirène qui dormait dans mon lit.
Poussée par la plus grande déraison qui m’ait jamais habitée, je me surpris à me déshabiller et à me laisser glisser dans les remous furieux de cette étendue glacée, dans l’unique espoir de savoir que croire.
Le contact fut violent, le choc des plus rudes. L’eau m’entrait dans les yeux, la gorge, les oreilles. Elle me transperçait. Suffocant, j’entendis, avec une étonnante clarté, le chant enivrant des sirènes.

jeudi 30 septembre 2010

Thème : Le meurtre parfait.




Mobile : Le plaisir, quoi d’autre ?

Ils me font rire. Jamais je n’aurais imaginé avoir à remplir un questionnaire, alors que je serai accusé de meurtre. Jamais je n’avais été accusé de meurtre, remarquez. Mais un questionnaire type, quand même. Ca ressemble à une blague, au point de craindre ne pas être pris au sérieux. Donc, j’en suis arrivé à la case « Mobile ». On vit dans un Monde où j’ai eu le temps de tuer sans me faire voir, mais où on n’a pas le temps pour écouter mes aveux. C’est drôle, en un sens. Non ?
Donc, le mobile. Comme je l’ai écrit, le plaisir.
Evidemment, le plaisir.
Ou la dévotion.

Ils ne semblent pas revenir, j’ai le temps de coucher sur le papier mes éclats. J’en ferai peut-être un roman. Le roman de ma vie. Le roman de sa mort. J’observe mes doigts, encore couverts de sang séché, et les porte à mon nez. Une odeur ferreuse m’écœure plus que le parfum qu’elle portait.
J’ai tué mon amour. C’est ce qu’on retiendra, pourtant, j’ai fait tellement plus que ça, tellement mieux, tellement plus fort. Si vous devez me haïr, ayez la décence de vous en rappeler. Je pense pouvoir éviter la condamnation pour meurtre avec préméditation, étant donné que cinq minutes avant d’entrer dans son corps pour la dernière fois, je n’avais pas la moindre idée que j’allais le faire. N’empêche… Je reste convaincu qu’elle préparait cette fin depuis toujours.

Au lit, elle était différente.

Différente, oui. Différente de tout ce que vous auriez pu imaginer, de tout ce que vous connaissez, aussi. Je pourrais vous renvoyer aux vidéos osées de sadisme et de masochisme, mais c’était autre chose. Elle ne prenait plaisir que dans la douleur. Moi, ça vous surprendra peut-être, mais c’est quelque chose qui m’a plutôt agacé, pendant des années. On ne pouvait jamais faire ça normalement, il fallait toujours des accessoires, des plus basiques aux plus saugrenus. Si je n’avais rien contre l’idée d’être attaché, celle de transformer tout abandon en strangulation n’était pas trop mon truc. Elle aimait les coups et les réclamait.

J’ai cru à l’innocence de ses yeux un certain temps, mais j’ai fini par me rendre à l’évidence. Lorsque nous faisons l’amour, elle n’était pas là. Une autre chose prenait sa place, une chose effrayante et terrifiante, qui gémissait trop fort, et braillait des mots que je ne pourrais répéter ici.
Elle était possédée, je n’avais aucun rôle à jouer, pour ma part, dépossédé de chacun de mes élans.
Il y avait soudainement, au fond de son regard, une lueur sans plus rien d’humain. C’est celle-ci qui me suppliait d’être violent, qui me contraignait à la cruauté, aux sévices, à l’horreur. Le diable était en elle, et il me narguait. Tant et si bien, que je me suis pris à aimer ça, lentement, douloureusement. Les années ont passé, ses désirs ont conditionné les miens. Je suis devenu assoiffé, non plus d’amour, non plus de sexe ou de passion, mais de barbarie.
Du soir au matin, je rêvais de la briser. D’esquinter son joli sourire, de déchirer sa peau, de griffer son corps, d’y laisser ma trace, de la marquer. A vie, plus seulement pour une nuit. Vous comprenez, ce que j’essaie de vous dire ? Le diable a pris possession de moi, elle n’était qu’intermédiaire, je ne pouvais plus LE laisser faire. Lorsque ses cris cessaient, lorsque mon corps épuisé retombait sur le sien, je m’en voulais terriblement. Parce que je savais, qu’inexorablement, le désir cru, sale et tordu me reprendrait. Cela devait cesser.
Tout a commencé par le désir, tout devait se clore par le plaisir.

J’ai laissé Satan la pénétrer une dernière fois, j’ai passé tous les caprices de la petite fille perverse qui dormait dans mon lit depuis tant d’années, et je l’ai rendue folle, comme jamais. Mais quand, attachée, elle a craché dans un souffle qu’elle m’aimait, la lueur terrible encore brûlante au fond de son regard, c’est le diable qui parlait. Je ne l’ai pas supporté, de sous les draps, j’ai sorti le grand couteau, celui que ma petite fiancée aimait tant sentir contre son cou, et je l’ai entré, sans délicatesse, dans le velouté de sa peau.
Elle a sans doute du brailler, mais je n’ai rien entendu. J’étais trop occupé à faire sortir le mal d’entre ses entrailles.
Je suis sûr que de tout là haut, elle doit m’observer avec tendresse, enfin apaisée.

Ne la décevez pas, relâchez-moi.

mercredi 22 septembre 2010

Thème : 100 mots, ni plus, ni moins.




Il faudrait que je pleure, geigne, larmoie. Il faudrait que je supplie, implore, conjure. Il faudrait que je trépigne, piaffe, piétine. Il faudrait que je crie, réclame, revendique.
Je ne fais que rire, égayer, distraire. Je ne fais qu’ordonner, commander, diriger. Je ne fais qu’avancer, progresser, évoluer.
Les pleurs agacent les yeux. Les supplications troublent l'égo. Le piétinement cloue au sol.
Le rire force l’oubli. Le commandement, le respect. L’avancement, la fuite.
Je protège mon cœur égoïste, m’observe le nombril, refuse d’y voir souffrance, devient oublieuse.
Pars dans le lointain, jamais ne revient.

vendredi 6 août 2010

Si j'étais un homme.


Si demain, je me réveillais homme, hôte d’un corps musclé, visiteur d’un visage où s’épanouirait une barbe de trois jours mal disciplinée, je ne me donnerais la peine de rien.

Ni celle de faire l’effort d’être un bon gars, ni celle d’être correct, pas même celle de faire semblant. Etre moi serait bien suffisant, et tant pis, si pas tant mieux, pour ce que je briserais au passage. Cœurs, objets, membres, estimes, après tout… Depuis que le monde est monde, les hommes font la loi et personne ne s’indigne. Ou si peu. Qu’ils grognent, après tout, mes poings serviraient de rappel à l’ordre. Qu’elles montent au créneau, on les tournerait au ridicule, on les appellerait les nouvelles chiennes. On oublierait ce que leur garde a eu d’utile, on ne s’en rappelle plus déjà, on fait comme si, ça arrange le peuple, et moi, je trouverais un avantage aux railleries dont elles feraient l’objet, je me ferais mousser de leur défaite neuve et déjà dépassée.

Je trouverais même des idiotes pour me donner raison, ces femmes qu’on dit fortes et qui clament n’avoir besoin de personne, assurant que le féminisme est mort et qu’il faut en brûler les restes. Elles finissent bien vite sous un joug ou l’autre, mais quelle importance. Elles se croient affranchies, grand bien leur fasse, en un sens, elles me donneront le droit de leur chier sur le coin de la tronche. Pourquoi s’en plaindre, à quoi bon s’en étonner ? Tout tourne de travers, ça ne pourra que me plaire. Je serais du né du bon coté.

Ca sera tout pour ma gueule, pour une fois. Rien ne m’arrêtera, pas même un mal aux seins en fin de mois, ou une douleur lancinante aux ovaires pour me mettre à l’envers. Mes hormones ne prendront plus en otage mes émotions, le seul risque restera celui d’une testostérone débordant dans la face d’un emmerdeur, plus celui des larmes intempestives, des colères légères qu’un souffle repousse, et de ces détails qui font perdre tout crédit aux femmes. J’aurai le monde à mes pieds, et je lui cracherai dessus.

Quant aux femmes, et bien les femmes… J’en ferai ce que je veux.
Je débaucherais les précieuses, composerais le code secret, un je t’aime, elles ouvrent les cuisses, un projet, il n’y a même plus à être pressant, elles t’attendent à demi-nue dans le salon.
Je tremperais aussi dans les faciles qui n’ont que faire de rien, ça m’amuserait moins, mais ça aurait le mérite de me vider les couilles. Un bon compromis entre fatigue et solitude, et l’indéniable petit plus : elles ne rêvent jamais de rester jusqu’à l’aube. L’affaire bouclée, elles se tirent vite fait, on n’a pas à penser au taxi et ce sont même elles qui amènent les capotes. La nouvelle vague des féministes 2.0 plus transparentes que jamais. Je ne referais pas le monde, j’en profiterais tel qu’il est.
Tout pour ma gueule, j’ai dit.

Je garderais le meilleur pour la fin et profiterais sans vergogne de celles qui se veulent libérées la nuit mais n’assument pas au petit matin, c’est d’elles que je me régalerais le plus. On les retourne dans toutes les positions, elles te sucent avant de te donner leur prénom, elles te présentent leur cul, elles ne disent non à rien et oui aux choses que tu n’oserais pas proposer à une actrice de x, ou à une pute, mais le plus drôle, ça reste le matin, quand elles te préparent le café et te somment de ne rien révéler de leur coté sulfureux, parce que tu vois, là où je bosse, ils ne comprendraient pas. J’en aurais rien à foutre de leurs problèmes, j’assumerais mieux que bien, et je raconterais tout aux potes, et les potes, ben… Ils en feraient ce qu’ils veulent de mes frasques, hein.

Je raconte ça aux copines et elles me trouvent cruelles. Je leur en parle des étoiles dans les mirettes et ça les choque. La version de moi en mec leur fait horreur, et pourtant, leurs mecs, ex’s et pères ne sont pas loin de cette image. A croire que mes lèvres leur paraissent trop délicates pour être le berceau de tels plaisirs,et que mon visage doux ne peut réellement esquisser de tels projets sans qu’on me rappelle ma condition de mignonne petite chose. Soit telle et tais-toi.

Pourtant, je vous assure, le matin où je me réveille homme, je me lève, me trouve un coin pour pisser la queue à l’air, et haut les cœurs.

mardi 3 août 2010

Thème : Le penseur.



[L'atelier de cette semaine comporte deux options :
• Si vous connaissez l'histoire de la Divine Comédie et que vous vous en sentez le courage (parce que ça risque de ne pas être hilarant), vous pouvez tenter de retracer le cheminement des pensées de Dante dans l'antichambre de l'Enfer.
• Si comme moi vous êtes un peu à la masse quand on vous dit que ce texte est une merveille de la littérature parce que vous ne l'avez jamais lu, alors vous pouvez considérer le Penseur simplement comme un homme (et non comme le personnage qu'il représente) et lui inventer des sujets de réflexion et d'interrogations (exemple : "Mais où ais-je rangé mon string en dentelle ?" se demanda le penseur).]





Assis là, j’ai franchement l’air d’un trouffion.

Franchement. Ne cherchez pas à me rassurer, ne prenez pas l’air sévère pour me conter ce que ma pose possède d’artistique. Foutaises. J’ai l’air d’un vrai blaireau, les burnes à l’air. Mon air inspiré ne rattrape rien, croyez-moi.

Figé.
Glacé l’hiver, le froid mordant, esquintant ce qu’il reste en moi d’humain.
Incandescent l’été, la chaleur m’oppressant, faisant fondre les fientes des pigeons moqueurs, les chewing-gums, oublis volontaires des enfants. Ricanements.
Figé.

Constant, stable, ineffable, je fais office de valeur sûre, d’homme idéal.
Je n’irai jamais nulle part, je n’ai d’autre liberté que celle de penser, madame, vous n’aurez qu’à l’oublier, m’installer dans votre salon, je serai votre roi, le roi des cons. Je resterai, songeur, devant vos envies, vos caprices, vos futilités.
Vous serez libre de croire que certains soirs c’est à vos atours que je rêve.
Je suis condamné a espérer me ternir dans un intérieur meublé sans goût mais sans assauts météorologiques, sans catastrophes naturelles, sans gosses cruels.
Comprenez… Les siècles ont passé, je m’effrite, ne tarderai plus à m’émietter pour de bon.

Je voudrais seulement qu’on m’époussette, qu’on me lustre, retrouver la flamme, la stature qui en imposait tant. Si vous m’emportez, madame, peut-être je vous narrerai l’histoire du jour où l’on me changea en pierre.
Ah, idiot de penseur que je suis.

mercredi 28 juillet 2010


Pour ce thème, j'ai choisi "Antigone" de Jean Anouilh. (adapation de Sophocle)

Je vous colle ici l'extrait qui m'a servi de 'tremplin' :

Ismène :

"Ecoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée, je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée, je réfléchis."

Antigone :

Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.



Dans la peau d'Antigone :



" Parfois, il faut se contenter d'agir, pour réfléchir ensuite, s'il reste du temps. Il te faut vivre, avant toute chose. Je n'ai jamais été autre chose que cette gamine mal coiffée, habillée de ce qui me tombait sous la main, quand toi tu t'enrubannais de fleurs de pacotille, quand tu te poudrais et te coiffais pendant des heures. Et ça te va à ravir, Ismène, tu es lumineuse, non, tu es la lumière, mon point d'orgue, une lueur rassurante dans le noir. Mais tout toi est travaillé, de tes tenues à tes amours. Je ne peux pas, moi. Je ne peux pas me poser et attendre que la vie se passe sans moi. Le soir où Hémon est venu me chercher, je n'étais pas jolie, pas même parée. Je revenais des champs, des brindilles dans les cheveux, la plante de mes pieds noircie par la terre battue. Il a posé les yeux sur moi, après avoir passé la soirée à te faire virvoleter. Il m'a demandé d'être sa femme, dans un sourire, j'ai répondu oui. Une impulsion, une délicieuse folie que je ne regrette pas. J'aurais pu tergiverser, chercher l'erreur que tous ont décelé dans son choix. Me demander pourquoi il a choisi un frêle moineau aux yeux lointains plutôt que se jeter à tes pieds, te suppliant, comme tous les autres. Mais non, j'ai dit oui, oui, oui.

Ne me demande pas de changer ça, je n'y parviendrai pas. Arrondir les angles, sourire, comprendre et accepter, ça n'existe pas dans mon Monde. Tu me parles de comprendre les grands de ce Monde, pourquoi le ferais-je ? Admettre qu'ils ont des choix à faire, des décisions à prendre, je le peux. Mais je n'ai pas leur prétention, pas leurs attentes, pas leur sale espoir de réussite pour me salir. Je n'ai pas à comprendre, à m'abîmer yeux ou le coeur avec leurs bassesses. Je comprendrai plus tard, et si j'en ai la chance, jamais.

Je sais, tu as peur pour moi. C'est une drôle de choix que je m'apprête à faire là. connais tes opinions, mais femme ou pas, je me réserve le droit de mourir comme un homme, dressée, fière, pour une idée. Je ne te demande ni de comprendre, ni de pardonner, mais d'accepter le fait que je ne pourrai plus jamais me regarder dans une glace si je vis de lâcheté."

dimanche 25 juillet 2010

Thème : L'autre.




L'autre. Je sens s'abaisser mes paupières, tout devient rouge-gris-folie. Je presse plus fort, des points de lumière noire me vrillent les yeux. L'autre. Il ne reste plus qu'un rempart entre la paix et la furie. L'autre. Mes paupières s'emplissent, doucement, lentement, avec ténacité, d'une chaleur sourde. L'autre. Je reconnais trop bien cette chaleur, signature des larmes. Dans un dernier effort, je mords violemment, consciencieusement l'intérieur de ma joue, renvoie mes yeux vers l'arrière. Je garde les yeux fermés. L'autre. Les larmes ne passeront pas. Ma gorge n'explosera pas, qu'importe cette boule de douleur qui me vrille le larynx. L'autre. C'est arrivé. J'ai mal aux mains, la migraine m'entraîne dans un ailleurs de douleur. Cette douleur est mienne, je m'y enroule, m'y recroqueville. L'autre. Il me touche, ce sont ses mains sur ma peau, leur chaleur me glace, je voudrais hurler. Le mal est lancinant. Je me retiens, si j'émets un son, un seul, le rempart cèdera. Je me concentre sur cette douleur, sur cette horreur, tout plutôt que penser. L'autre. Je cherche à rassembler la force et le courage de me lever, l'énergie suffisante pour le laisser dans la pièce, celle pour quitter le contact moribond de ses doigts posés, presqu'enroulés dans ma nuque. L'autre. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de sang, mais je le sens dans ma bouche, mes joues sont lacérées, je protège mon cœur de l'effroi. Je me prends à penser que cette boule que je sens au fond de ma gorge est réelle, si réelle qu'elle va me détruire. L'autre. Une autre vague de chaleur derrière mes paupières suffira, c'est maintenant ou jamais. Je me dresse sur mes pieds, sent qu'il tente de me retenir. Je vacille, c'est la douleur, celle du corps, celle du cœur, je ne sais plus. L'autre. J'ouvre les yeux, renvoie les larmes d'où elles viennent. Je n'ai que dix pas à faire pour m'oublier. L'autre. J'entends sa voix, il me dit parle-moi, il me dit regarde-moi, il crie, il est face à moi, je cherche à fuir son regard qui me poursuit. L'autre. C'est arrivé. Il me dit écoute-moi, je peux t'expliquer. J'ai la nausée, c'est la première fois je crois, la toute première fois que je la savoure. Elle m'occupe l'esprit. J'ai la nausée et je n'ai pas peur d'elle, j'ai peur de lui, j'ai peur des mots qu'il veut m'imposer. L'autre. Il me dit écoute-moi, et sa voix se brise. Quelque chose en moi aussi, je souris, j'étais sûre que tout est déjà brisé, défoncé, massacré. On est jamais assez loin dans la douleur. L'autre. Il tourne mon visage vers le sien, avec violence, j'ai le tournis, arrivée à hauteur de ses yeux, je clos les miens. Il me secoue, j'ai mal partout, la nausée s'en va. J'articule, péniblement, tu dois me lâcher, je dois m'en aller. Il me fait mal, je sens la marque de ses doigts s'imprimer dans ma joue, sa force me surprend, jamais il n'en a usé auparavant. Il me repousse, il crie pardon, je hurle non. Il ne peut pas dire pardon, il a parlé d'une autre, il n'a pas le droit de dire pardon. Il faut que ces mots soient les derniers. Je trébuche, tangue, attrape mes sandales par la bride et dévale les escaliers. Je l'entends derrière moi. Il crie écoute-moi, tu ne peux pas faire ça. Je ris entre mes larmes, j'ai si mal. L'autre, l'autre, l'autre. Je vais m'écrouler, mais si je m'écroule, j'aurai vraiment tout perdu. J'atteins la porte, l'ouvre, la referme, doucement. Je prends le temps de refermer le loquet, de tourner la clé. Je suivrai les règles jusqu'au bout. L'autre, l'autre, l'autre, je ne lutte plus. Le sol se rapproche, je crois que je tombe, j'espère que je meurs, j'espère un réveil lointain. Il a dit qu'il y en avait une autre, et moi, je meurs devant sa porte.

mercredi 21 juillet 2010

L'addiction.




Mon amour, je t'écris pour te rassurer : le docteur m'a sauvé la vie.
Il m'a trouvé le teint fatigué, les doigts torturés. Mes ongles rongés, mes cernes incurvées, lui ont mis la puce à l'oreille. Il a pris des tours et des détours avant d'oser planter ses yeux bleus acier au fond des miens et de poser sa question. La question. Mon amour, on aurait dit qu'elle le brûlait. C'est drôle, si drôle, je ris en y repensant, pardon, tu ne vas plus rien comprendre si je ris tant et plus. Il m'a demandé si j'avais des problèmes. J'ai sourit, et pensé : il y aura un soupçon de lumière au fond de mon regard, ce soupçon suffira a balayer les siens. Mais non, il a été plus loin. Il croit que je suis une camée. Il n'osait pas s'avancer, mon amour. Il a proposé l'alcool, il a suggéré la drogue, s'est repris, a parlé d'un usage doux, envisagé, apeuré, un usage fort. Ca m'a fait mal, tu sais, mon amour. Il a mis le doigt sur ce qui me consume, sur le fait que je sois dépendante, une vraie addict. Ce qui m'a fait si mal, c'est que jamais il ne connaîtra l'objet de mes tourments. Tu sais, mon amour, j'aurais pu lui dire que non, je ne fume pas, ne bois pas à outrance, ne me drogue pas, que mon teint vieilli, mes cheveux abîmés d'avoir été trop souvent tirés par tes doigts emmêlés et mes tremblements viennent d'ailleurs, mais à quoi bon. J'ai hoché la tête, et j'ai dit oui, oui, oui.
C'était terriblement libérateur, la douleur qui m'a prise été salvatrice.
Les convulsions ont commencé, les larmes ont roulé, mais je riais toujours. Et si, prétextant une addictions réprimée, on me débarrassait enfin d'une passion jalousée de tous ? Après tout.. Je suis malade, mon amour. Il faut que l'on me soigne. Je craignais qu'ils ne découvrent le pot aux roses, en signant ce papier qui permet mon internement dans ce centre de désintox'. Comment pourraient-ils ne pas remarquer que mon organisme est sain, que c'est ailleurs que tout débloque, ailleurs que le manque me bouffe, me creuse le corps, le cœur et l'âme, si l'on en a vraiment une. Je me suis affolée pour rien, mon amour. Ma voisine de chambre, explosée par trop d'héroïne et de cachets est presque plus jolie à regarder que moi. J'ai cru devoir mimer son martyr, affiner mon don de comédienne, mais non. Etre loin de toi a suffi. Mon corps s'est tordu, contracté, je me suis arraché les ongles et des poignées de cheveux, j'ai hurlé qu'on me prenne, qu'on me baise, qu'on me déchire le corps, j'ai supplié qu'on me relâche, j'ai déversé mon manque de toi. Je n'ai rien surjoué, le naturel a suffi. Tu sais, mon amour, le manque physique est d'une violence inouïe, mais il ne dure pas si longtemps. 5 jours ont suffi pour laver mon organisme de toi. Je t'ai vomi, je t'ai chié, de chaque parcelle de mon corps il a fallu t'extraire, j'ai cru en crever cent fois. Mais je suis là, je me tiens, faible, mais éveillée, devant cette lettre que je t'adresse. Mon corps va mieux, même s'il est à reconstruire. Il me reste à soigner mon accoutumance à tes mots, mon assuétude à tes désirs. Mon corps est encore un toxico, et je crois qu'un jour, j'irai aux alcooliques anonymes, fêter chaque jour passé sans toi. Il n'y aura que moi pour savoir que derrière la sentence habituelle : « je n'ai pas touché une goutte d'alcool depuis trois mois, deux semaines et un jour » se cache une autre déviance.
Pardon, mon amour. Je sais tous ces couples heureux de se perdre l'un dans l'autre, de se noyer, éperdus, trempés, dégoulinants de bonheur. Pardon, mon amour, je sais que nous, on aurait été au dessus de la liesse habituelle. Pardon, mon amour, je sais ta perfection, pardonne ma défection. Je t'abandonne, et cours me retrouver. Pardon, mais c'est si bon, mon amour.