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mardi 9 août 2011

Le magicien

Mon amour, le Magicien.

Il ne savait plus comment gagner sa vie.
Il lui semblait avoir tant essayé déjà. Des jobs alimentaires soumis à d'ignobles petits chefs de pacotille, tant qu'ils ont bien voulu de lui et qu'il a bien voulu d'eux. Quand la crise est passée par là, c'est devenu plus difficle. Il n'a pas fait d'études, n'a aucune qualification particulière. Il a pris longtemps ce qui venait, sans vraiment s'inquiéter, jusqu'à ce que plus rien ne vienne.

Il y avait bien la magie, depuis toujours. Sa passion, lorsqu'il était petit garçon. Il lui en restait encore quelques sursauts d'envie, de temps à autre. Mais qui cherche encore un magicien de nos jours ?

Il se souvenait des anniversaires de son enfance. Chaque année, il suppliait ses parents pour que l'un d'entre eux vienne animer son goûter. Par la suite, il s'est fait une raison, parce que, sans vouloir jouer au vieux con, les gosses ont eu envie d'autre chose. Les jeux vidéos et internet ont envahi le marché, grignotant un peu d'imagination aux enfants. Il n'a jamais vraiment essayé de se lancer. Vaincu d'avance. Pour vivre de ses rêveries, il faut les financer, ou risquer de tout perdre. Quand on a rien à jouer, on ne peut rien tenter. Il s'était résigné. Ca ne lui a pas tellement coûté.

C'était un type un peu las, un peu lassant. Pas du genre à sourire ou faire sourire. Il se contentait d'être là, sans trop se creuser, sans se donner la peine de rien, persuadé sans doute que la vie finirait par lui offrir ce qu'il n'avait pas conscience d'attendre. Le manque d'argent ne le gênait pas tant, il s'y était habitué. C'est au plus fort de la crise, quand ses maigres économies ont totalement disparu, qu'il s'est brusquement réveillé. Il s'est agité, a remué beaucoup d'air, sans succès. Il n'a rien trouvé.

Un soir où il se couchait avec au fond du ventre comme un creux et pas loin du coeur un pincement, il en est venu à s'imaginer dans quelques mois. Il finirait dans la rue. Ce qu'il percevait des aides sociales suffisait à peine à la nourrir, et il ne pourrait plus payer son logement, tout exigu qu'il soit, bien longtemps. Il échouerait sous un pont. Il se l'est répété, tout haut, plusieurs fois et de plus en plus fort. Ca lui brûlait les oreilles, ça lui vrillait les temps. Son rythme cardiaque s'est emballé comme jamais. Pour la première fois depuis de longues années, il était parfaitement réveillé, les sens aux aguets. Il n'aurait pas osé l'avouer, de peur de passer pour un fou, mais ça lui était presque agréable.

Il y avait enfin un enjeu, dans la vie de mon amour.

Il a réfléchi toute la nuit, et monté un plan simple. Il allait investir le peu d'argent dont il disposait encore dans des jeux de cartes, des gobelets, des petites balles. Du maquillage, aussi, pour se grimer. Des accessoires de farces et attrappes. Une petite table, un drap noir. Un chapeau et peut-être même une baguette. Quitte à finir dans la rue, autant s'y installer de soi-même.
Une fois ses emplettes effectuées, ne restait plus qu'un détail à régler : trouver un endroit où se poser. Une place à la fois fréquentée, mais suffisament discrète pour éviter que de la flicaille pointilleuse ou un agent de sécurité ne lui courre au cul.
Il a trouvé rapidement, et ça l'a surpris. Il se sentait toujours en éveil, comme porté par un puissant courant.

Les premières heures, maquillé et déguisé, il a affiné ses tours. Les choses lui sont revenues rapidement. Intuitif, il se souvenait des gestes mille fois répétés étant enfant. Les passants commençaient à témoigner de l'intérêt à ses numéros au fur et à mesure que la journée avançait. Au crépuscule, un petit attroupement s'est formé autour de son stand.

Il rayonnait. Les gens jetaient des pièces dans son chapeau, mais aussi des billets.
Finalement, c'était facile de travailler. Sans supérieur hiérarchique, sans comptes à rendre à qui que ce soit. Etre son propre patron, d'un job de rêve. What else ?

Sa petite entreprise a pris de l'ampleur. Il s'est fait un nom, une place, un trou. L'argent coulait à flots, ses tenues devenaient de plus en plus flamboyantes, ses tours plus construits de jour en jour. Il dormait peu, se nourrissait mal, si seulement il prenait le temps d'y penser. Il tavaillait énormément. Il remarquait à peine ses yeux rouges, exhorbités. Son public, c'était autre chose. Les passants s'arrêtaient autant pour le spectacle que pour être face à l'homme agité, décharné, epuisé qu'il était devenu. Obnubilé par son succès, il n'en avait pas conscience. En aurait-il eu vent que ça n'eut rien changé, bien au contraire. Presque mort, il se sentait vivant comme jamais.

Ayant réuni des fonds en suffisance, il a loué une petite salle, dans laquelle il s'est produit chaque soir. Et chaque après-midi. Bientôt, il a organisé des séances matinales. Il ne prenait plus de pauses, sa vie n'était plus rythmée que par le travail. L'inexplicable engouement suscité par ses prestations ne lui posait pas question : il était devenu riche, et il se sentait influent. On commençait à le reconnaître dans la rue.

Je crois que c'est à ce moment-là que j'ai commencé à trouver que les choses allaient trop loin. J'aurais du m'alarmer plus tôt, mais le voir enfin enjoué, pris par quelque chose, presque habité... C'était tellement incroyable. Je n'ai pas pu, ni voulu, arrêter ça. J'aurais du. Je m'en veux tellement aujourd'hui.

Il y a eu ce soir particulier. Il voulait présenter un nouveau tour. Il l'appelait l'Ultime. S'il avait su la tournure que prendraient les évènements... ?
Je ne peux l'imaginer. Je préfère croire à la folie d'un instant.

Il avait peu dormi, la nuit précédente. Il s'était allongé à l'aube, mais sous le coup de l'excitation et de l'appréhension mêlées, il n'avait pu trouver le sommeil. A l'heure de la représentation, son visage était si pâle qu'on l'aurait cru vert. Ses yeux n'avaient jamais été si rouges. Il faisait peur à voir. J'aurais du tout arrêter, hurler, l'obliger à descendre de son estrade, le secouer, lui montrer le ridicule de tout ça. Mais il souriait, et pour ce sourire, je me suis tu.

J'ai entendu sa voix, d'ordinaire lente mais claire, partir dans les aïgus et demander un volontaire. Il préférait que ça soit un homme. Il a tenté une pointe d'humour, ça ne m'a pas fait rire. J'ai toujours été d'un naturel jaloux. Je l'ai trouvé ridicule, j'étais en colère. J'ai détourné le regard, prêt à m'en aller, mais quelque chose m'a retenu. Je ne crois pas en l'idée des prémonitions. Sinon, au vu de ce que j'ai ressenti, j'aurais hurlé.

Un homme est monté sur scène. L'ordre lui a été intimé d'entrer dans une boîte étroite, en bois grossier, dont ne sortiraient plus que ses pieds, ses mains et sa tête. Il s'est installé, dans l'Ultime, ce cabanon sommaire. J'ai vu mon amour enclencher la tronçonneuse. J'ai entendu son rire, et j'ai croisé le regard sans la moindre inquiétude du volontaire. J'ai dégluti, et j'ai tenu son regard.

La tronçonneuse a détruit la boîte en quelques secondes.
Ensuite, il y a eu ces bruits, quand elle a entamé la chair, ces craquements, quand il a bousillé les os, et tout ce sang, le carnage achevé. J'ai lu toute l'horreur et la douleur du Monde concentrés en un regard.
L'outil a lacéré l'autre partie de la boîte et s'est enraillé. Ainsi fendues, les deux parts se sont effondrées, aux pieds du magicien. Ses yeux à lui reflétaient la folie pure. Réclamaient des applaudissements qui ne viendraient pas.

Il a demandé "A qui le tour ?"

Je suis sorti, et j'ai vomi.
Longtemps.


jeudi 4 août 2011

Thème : La fête foraine.


Du plus loin que je me souvienne, j'ai toujours trouvé étrange cette prétention qu'ont les hommes à conquérir les cieux. Les dirigeables me donnent le tournis, l'avion me soulève le cœur. Les sauts à l'élastique, sauts en hauteur, jeux d'équilibristes m'angoissent. Je suis une fille des trains branlants, des trams cahotants. Glisser sur l'eau me détend, et les hautes vagues m'apaisent plus qu'elles ne m'inquiètent. J'aime être portée par ce que je peux toucher, solide, liquide, qu'importe.

Il est donc naturel que lors des fêtes foraines, je sois la gardienne des sacs, celle qui s'étend dans l'herbe, observant mi-amusée, mi-affolée, ses amis tourbillonner si haut, trop loin, à bord de nacelles abracadabrantes. Et ça me va. J'en profite pour prendre des photos de leurs mines effrayées, ou de leur certitude que rien ne pourra jamais leur arriver.

Ce jour-là, nous nous promenions dans l'une des plus grandes fêtes foraines du Monde. L'une des plus renommées, aussi. A priori, cela aurait du me rassurer : on n'y recensait aucun mort, aucun accident, rien pour appuyer mes angoisses, leur donner corps. Je me suis appuyée sur mes vertiges, ma peur du vide et je suis restée clouée au sol.

L'attraction phare, la nouveauté de l'année ressemblait à deux bras géants, pourvus de longs doigts, chacun composé d'une dizaine de sièges. Les gens y prenaient place et s'y laissaient... Suspendre. Ils n'étaient retenus que par le tronc et les bras. Leurs jambes battaient dans le vide. Les filles devaient abandonner leurs ballerines et nus-pieds, au risque de les perdre une fois l'attraction lancée à toute allure. Cela ne semblait étrange à personne, d'être suspendu dans les airs, à peine retenu par des mécanismes, dont au fond, on ne sait rien.

Les bras tournoyaient à plus d'une cinquantaine de mètres du sol. Le tour durait plusieurs minutes. Je me demandai ce que pouvaient bien ressentir ceux qui ne supportaient par l'attraction et avaient commis l'erreur d'y monter. Le temps devait leur sembler bien long...
Afin de permettre la descente de la moitié des participants, l'autre moitié restait au point culminent de l'attraction, en équilibre, pendant une trentaine de secondes. Et le tour reprenait, invariablement.

Il y avait file, l'inauguration de cette machine infernale était un succès. J'étais donc allongée sur le sol, la main dans celle de mon homme. J'espérais que l'attente serait longue, et sentais le soleil me picorer la peau. J'étais bien, le vertige ne m'atteignait presque pas.

Ecrasés dans l'herbe comme nous l'étions, nous avons observé de nombreux tours. Il faisait presque chaud, j'étais en train de me fabriquer un short en retroussant les bords de mon pantalon quand une sensation de malaise m'a pris à la gorge. Quelque chose n'allait plus. L'équilibre était rompu.

Je ne sais pas combien de temps j'ai mis à comprendre ce qui était en train de se produire. Dans l'urgence, peut se trouver incapable de percevoir le temps tel qu'il est vraiment. Tout ce que je sais, c'est qu'arrivé en bas, le premier bras ne s'est pas ouvert. Il s'est arrêté, mais les gens n'en sont pas descendu, retenus prisonniers par le tronc et les bras. La machine est repartie vers le ciel. Quand le second bras est arrivé au sol, tout s'est éclairci. Les mécanismes se sont ouverts, simultanément. Les gens s'apprêtaient, hagards ou souriants, à quitter l'étau puissant qui les avaient jusqu'alors enserrés.

Et puis...

Il y a eu ces hurlements. Il a commencé à pleuvoir des corps. Au début, il s'agissait surtout d'enfants, plus fragiles. La force leur faisait défaut. Leurs doigts s'agrippaient mal, leurs épaules n'étaient pas assez solides. Certaines personnes ont tenu bon, longtemps. Je le sais, je n'ai pas pu les quitter des yeux. Au loin, on entendait les secours.

Mais la fête foraine, cette foire immense, avait tant de succès qu'il était impossible aux secours de se frayer un chemin vers l'accident. Je crois que c'est là que se tiennent les drames les plus cruels : dans l'évitable. Ce champs de forains, qui rassemblait tant de gens, ressemblait en bien des points à une foire aux bestiaux, qui courraient en tout sens, alarmés par le danger, par l'horreur des cris. Les secours ne sont pas arrivés à temps.

Je pourrais vous détailler chaque corps, vous parler des rares survivants, de la stupéfaction qui se mue en désespoir chez les parents, les amis, les proches. Des cris qui ont déchiré les rues jusqu'à tard dans la nuit.

Mais je pense que vous vous en sortirez très bien sans moi pour imaginer la scène. Quant à moi... Je fais suffisamment de mauvais rêves pour oser m'imposer cette image une nouvelle fois.

La seule chose que je sais, c'est que jamais je n'aurai la prétention d'aller caresser les cieux.

Les yeux dans les arbres


C’est par le très agréable roman L’arbre aux haricots que j’ai découvert Barbara Kingsolver, l’été dernier. Il m’avait suffi de quelques pages pour tomber amoureuse de Taylor et de Turtle, la mère et la fille, ainsi que du style de l’auteur. Sous couvert de personnages attachants elle ne manquait pas d’attirer l’attention du lecteur sur des sujets forts tels que la quête de soi, le fait de devenir mère, l’immigration, …

Sa plume possède ce petit quelque chose de naïf sans être jamais niais qui permet d’aborder les situations délicates tout en évitant le ton plaintif dont certains auteurs semblent si friands.

C’est à la rencontre de son troisième roman, publié en 1999, que j’aimerais vous emmener aujourd’hui.

Celui-ci, dont le titre original m’avait interpellée, intéressée et fascinée –The Poisonwood bible- nous plonge en 1959, à l’aube de l’indépendance de ce qui est alors le Congo Belge.

Nathan Price, pasteur baptiste américain fanatique, entraîne sa famille dans les confins de Kinanga. Se sentant investi d’une mission divine impérieuse, il rêve d’évangéliser tous ceux qui croiseront sa route, de gré ou de force. Inflexible, rigide jusqu’à l’idiotie, il est celui par qui naît le chaos.

Tour à tour sa femme et ses filles prendront la parole pour exprimer chacune à leur manière une vision de cette incursion au cœur d’un lieu fascinant, qui s’éveille.

Mise en lumière par leurs diverses sensibilités, la parole du père toute puissante, effrayante, en trame de fond ne sera pourtant jamais directement offerte au lecteur. Comme pour restaurer l’équilibre ?

Orleanna –la maman-, Rachel –la grande, la futile-, Leah & Adah –les jumelles, l’une soleil, l’autre nuit, si douées- et Ruth May- l’innocence, l’enfance-, nous guideront pas à pas dans cette étrange aventure. Chacune des filles, par son caractère, nous emmènera un peu plus loin dans l’existence chancelante qu’est devenue la leur.

Au fil de l’histoire, impuissants, nous assisterons à la dégringolade d’une famille, au sein d’un monde dépeint comme sauvage, étriqué, rêvant de liberté. Happés par les mots de ces femmes qui partent à la dérive, on s’émouvra d’un destin saccagé par la folie d’un homme.

L’auteur, par ces multiples voix, dénonce au fil des pages l’extrémisme religieux et crache sur l’impérialisme économique. Ce subtil mélange entre écriture engagée et fiction romancée est, à mes yeux, l’une des principales forces de ce très beau roman, dont je ne peux que vous conseiller la lecture.

jeudi 28 juillet 2011

La farce.



Ca ne devait être qu’une farce. Rien de plus.

Chaque détail était pensé, chaque action répétée, chaque parole intériorisée, chacun des gestes mémorisé.
Comment les choses ont-elles pu tourner ainsi ?

C’était notre anniversaire. Ce soir-là, nous allions avoir 3 ans. Depuis que je l’avais rencontrée, j’étais comme… Revenu à la vie. Comme je n’ai jamais été doué pour le romantisme exacerbé, les rimes tendres, les mots doux, les poèmes, j’ai pensé me mettre en scène. Mettre en scène ces ressentis brouillons mais si puissants. Longtemps, je n’ai eu que de vagues intentions. Je voulais qu’elle me trouve allongé, comme mort. Qu’elle s’approche de moi, et qu’au contact de ses doigts, de son souffle, je fasse mine de m’éveiller à la vie. Une seconde fois.
Si seulement j’avais su manier les mots, comme elle.

Si seulement je ne m’étais pas laissé entraîner dans cette histoire plus folle à mesure que s’amoncelaient les détails de mon plan scabreux. Comment ais-je pu croire que cette surprise ne finirait pas en farce tragique ?

Le matin de la farce, à l’aube du drame, je me suis rendu chez le fleuriste. Je lui ai acheté d’immenses bouquets de roses rouges. Celles dont les tiges étaient les plus longues, les pétales les plus sombres. Je voulais que tout soit parfait. L’un des bouquets a orné la table du salon, sur laquelle l’attendrait bientôt un repas mémorable. L’autre, je l’ai découpé minutieusement. Tout le salon était recouvert de pétales épars. C’était très beau. La lumière des bougies tamisait l’ambiance.
Je pense que c’est à ce moment-là que j’aurais du comprendre. Je touchais au romantisme le plus classique. Dans la poche de ma veste se trouvait une bague, - une bague de fiançailles, pour faire mentir l’adage, celui qui veut qu’un couple périme dès la troisième année consommée-, qui lui plairait, j’en étais sûre. Notre bonheur était presque perceptible, il était à portée de mains.

Mais, j’ai continué. J’ai persévéré.
Je suis le roi des cons.

Je suis monté, j’ai lacéré ma chemise. J’ai couvert mon torse du sang obtenu à la boucherie, et dessiné des entrailles qui semblaient profondes, juste au niveau du cœur.
Quand elle m’a trouvé, vous savez, mon cœur brisé battait à peine. J’espérais que le parallèle lui saute aux yeux.
Comment ais-je pu être aussi bête ?

Je me suis allongé dans le salon, et j’ai attendu. Elle a téléphoné, trois fois. Je ne pouvais pas répondre, il fallait à tout prix rester cohérent. Elle a eu une heure de retard, et à son pas chancelant, j’ai vu quelle était saoule. Elle a crié après moi, et s’est mise à baragouiner des mots que je n’ai pas compris. Je pense qu’elle parlait d’un ami, et de la voiture. D’un grand choc, aussi.

Elle m’a vu, étendu sur le sol. Elle s’est mise à hurler.

Elle a couru, sans avoir ouvert les yeux, je le sais. Le sol a tremblé, mon corps a vibré. Elle a gémi, et j’ai entendu ce bruit atroce, monstrueux, que je n’oublierai jamais. Celui d’une fenêtre qui se brise en mille morceaux, emporté par le poids d’un corps.
Nous habitions au 5ème étage.

Comme elle m’a fait naître, je l’ai fait mourir.

Tout ça ne devait être qu’une farce, vous savez.

Une métaphore, un chant d’amour.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee


Lorsqu’on lit énormément, on se retrouve confronté à toutes sortes d’ouvrages. Certains nous semblent tout juste passables, d’autres nous glissent des doigts, nous agacent ou nous délassent seulement. De temps en temps, ils nous entraînent, nous font rêver ou nous ouvrent les yeux, vers un ailleurs hors du temps. C’est de cet état, entre rêve et conscience, que j’aimerais vous parler aujourd’hui.

J’ai un aveu à faire : je suis passée de nombreuses fois devant ce roman, sans jamais penser à l’ouvrir. Si je me suis décidée à le lire, c’est grâce à madmoiZelle. Depuis quelques temps, pas un mois ne passait sans qu’au moins l’une d’entre nous ne vante les mérites de cette œuvre.

De quoi titiller ma curiosité, et me pousser à revoir un jugement à l’emporte-pièce. Après lecture, que dire de cette Œuvre ?

Qu’elle s’est hissée au rang des classiques américains, et ce, du vivant de l’auteur ? Que la vie de celle-ci reste chargée de mystère ? Que ce roman, pépite des pépites, reste le seul qu’elle ait écrit à ce jour ? Que ses nombreux admirateurs espèrent découvrir de pleins tiroirs de manuscrits après sa mort, ou sont persuadés qu’elle n’a pu que continuer à écrire, sous d’autres pseudonymes?

Ces questions m’ont intriguée et ont décuplé mon envie de découvrir ces mots. J’ai glissé ce roman dans ma valise, et je m’y suis plongée pour en ressortir… Presque différente. Les noms de chacun des protagonistes claquaient sous ma langue et s’imprégnaient dans mon esprit.

« Scout », surtout.

Parce que « Scout » est celle par qui l’histoire se dévoile. Scout est une toute petite enfant lors des premières pages, et n’aura pas neuf ans à la fin. Ce sont par ses yeux, par ses pensées, par son appréhension du monde que nous sommes invités à découvrir, pas à pas, les méandres de la justice, de l’injustice surtout. Elle nous entraîne dans d’incroyables histoires qui animent tous les enfants, dès qu’ils se retrouvent ensemble pendant les longues journées d’été.

L’intrigue se situe dans les années 30 et leur racisme ambiant. Atticus Finch, le papa de Scout et Jem est avocat de la petite ville de Maycomb, en Alabama. Il est commis d’office à la défense d’un homme noir et donc coupable par essence.

L’homme noir aurait violé une femme blanche. Les dès sont lancés mais le jeu est pipé.

Scout, par ses jeux, ses réflexions sur le monde, sa poésie d’enfant, ses questionnements au père, -figure sage, emblématique- nous emmène au fil des pages vers une incompréhension grandissante. Celle de l’étendue de la bêtise humaine et de la violence qui en découle.

Ce roman est une perle, une ode à la tolérance, un rappel à l’enfance, à l’ouverture d’esprit qui la caractérise, avant, oui, juste avant que les adultes ne viennent lui fermer la porte au nez.

vendredi 10 juin 2011

Thème : Le bisou [Essai Deux-10Février2005]


Deux choix se proposent à vous pour ce thème :
1/ Vous écrivez un texte libre sur le thème d'un bisou
2/ Vous écrirez un texte dont chaque phrase finira par un mot synonyme de "bisou".



Celui-ci, j'ai juste été le rechercher dans mes vieilles caisses et mes anciens blogs, il date du 10 Février 2005 (normalement, ça devrait t'aider à situer le personnage ;) ) , parce qu'il collait au thème, alors tu es prié d'être indulgent, et de ne pas te moquer de l'amoureuse ultra-niaise que j'étais déjà. Merci.
Ah oui, j'écrivais exclusivement à la troisième personne, et j'utilisais "Zoé" comme prénom, parce que j'avais lu quelque part que ça voulait dire la vie.



Zoé, elle peine à toucher terre aujourd'hui. Elle a trop l'habitude de rêver, alors quand la réalité se met a ressembler à ses rêves, elle est un peu perdue.
Elle s'égare dans ses pensées,unsourire accroché au bord de ses lèvres gercées. Il refuse de s'en aller, même si ça la brûle. Ça lui donne un petit air ridicule, mais ça ne la tuera pas.
Et puis, de toutes façons, Zoé, elle est trop heureuse pour s'en rendre compte. Elle a mal aux joues à force de sourire, c'est tout ce qu'elle sait, le bonheur, ça fait mal aux joues.
Zoé, elle frissonne, ça se ressent jusqu'à son ventre, quand elle fait défiler les images devant ses yeux. Une à une, une par une, arrêt sur image, retour, stop. Elle frissonne, elle repense au plus joli des moments, imparfait, pour l'aimer d'autant plus. Zoé a posé ses lèvres pour la première fois sur les siennes. Et depuis, des milliers de questions viennent se cogner à elle. Demandent à savoir, à comprendre. Mais Zoé n'a rien encore à répondre. Elle ne sait pas, plus fort, elle ne veut pas savoir. C'est trop tôt, c'est trop nouveau. Pour le moment, elle savoure seulement ses souvenirs tous neufs et déjà plus précieux que tous les autres. Zoé, elle ne sait rien, elle ne sait rien du tout. Elle s'en fout. Elle se contente d'avoir mal aux joues. Elle connait enfin ses mains, ses yeux, ses lèvres sur elle, et pour une fois, elle n'a pas peur du tout.

Thème : Le bisou [Essai Un]




Deux choix se proposent à vous pour ce thème :
1/ Vous écrivez un texte libre sur le thème d'un bisou
2/ Vous écrirez un texte dont chaque phrase finira par un mot synonyme de "bisou".


Je savais bien, mon amour, que lui et moi, on s’apprêtait à faire une belle connerie, mais que veux-tu que je te dise, dès la première fois où nos regards se sont croisés, arrêtés, accrochés, j’ai rêvé à ses baisers.

Je te touche au cœur, tu pose les mains sur mon corps, je te repousse, je ne veux plus de ta peau, plus de ta fièvre, pas maintenant, c'était avant, avant, avant, aujourd'hui nos desseins sont déliés, nous ne sommes plus un, tu ne me suceras plus les lèvres.

J’avais conscience que dès l’instant où il me frôlerait, mes certitudes valseraient à travers la pièce en un frisson, plus vite encore que nos vêtements ne l’ont jamais fait, mon amour, et qu’il scellerait mon sort d’une seule embrassade.

Le jour où il s’est approché, je n’avais aucune excuse, puisque tout en moi transpirait cette certitude, tout volerait en éclats, dès que mes lèvres rejoindraient les siennes, en un doux larcin.

Mon amour, je devrais m’excuser, mais je ne peux pas, il m’allume, il me tient en vie, je ne suis qu’envie, je t’achève en te disant que comme des adolescents, à longueur de temps, pêle-mêle, on s’emmêle, on se roule des pelles.

Je crois qu’au fond de toi, mon amour, tu as toujours su que je partirais un jour, endormir mon agitation, recueillir toute l’attention, toi qui sait mieux que personne l’importance qu’ont pour moi ces échanges mouillés.