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mercredi 28 juillet 2010


Pour ce thème, j'ai choisi "Antigone" de Jean Anouilh. (adapation de Sophocle)

Je vous colle ici l'extrait qui m'a servi de 'tremplin' :

Ismène :

"Ecoute, j'ai bien réfléchi toute la nuit. Je suis l'aînée, je réfléchis plus que toi. Toi, c'est ce qui te passe par la tête tout de suite, et tant pis si c'est une bêtise. Moi, je suis plus pondérée, je réfléchis."

Antigone :

Il y a des fois où il ne faut pas trop réfléchir.



Dans la peau d'Antigone :



" Parfois, il faut se contenter d'agir, pour réfléchir ensuite, s'il reste du temps. Il te faut vivre, avant toute chose. Je n'ai jamais été autre chose que cette gamine mal coiffée, habillée de ce qui me tombait sous la main, quand toi tu t'enrubannais de fleurs de pacotille, quand tu te poudrais et te coiffais pendant des heures. Et ça te va à ravir, Ismène, tu es lumineuse, non, tu es la lumière, mon point d'orgue, une lueur rassurante dans le noir. Mais tout toi est travaillé, de tes tenues à tes amours. Je ne peux pas, moi. Je ne peux pas me poser et attendre que la vie se passe sans moi. Le soir où Hémon est venu me chercher, je n'étais pas jolie, pas même parée. Je revenais des champs, des brindilles dans les cheveux, la plante de mes pieds noircie par la terre battue. Il a posé les yeux sur moi, après avoir passé la soirée à te faire virvoleter. Il m'a demandé d'être sa femme, dans un sourire, j'ai répondu oui. Une impulsion, une délicieuse folie que je ne regrette pas. J'aurais pu tergiverser, chercher l'erreur que tous ont décelé dans son choix. Me demander pourquoi il a choisi un frêle moineau aux yeux lointains plutôt que se jeter à tes pieds, te suppliant, comme tous les autres. Mais non, j'ai dit oui, oui, oui.

Ne me demande pas de changer ça, je n'y parviendrai pas. Arrondir les angles, sourire, comprendre et accepter, ça n'existe pas dans mon Monde. Tu me parles de comprendre les grands de ce Monde, pourquoi le ferais-je ? Admettre qu'ils ont des choix à faire, des décisions à prendre, je le peux. Mais je n'ai pas leur prétention, pas leurs attentes, pas leur sale espoir de réussite pour me salir. Je n'ai pas à comprendre, à m'abîmer yeux ou le coeur avec leurs bassesses. Je comprendrai plus tard, et si j'en ai la chance, jamais.

Je sais, tu as peur pour moi. C'est une drôle de choix que je m'apprête à faire là. connais tes opinions, mais femme ou pas, je me réserve le droit de mourir comme un homme, dressée, fière, pour une idée. Je ne te demande ni de comprendre, ni de pardonner, mais d'accepter le fait que je ne pourrai plus jamais me regarder dans une glace si je vis de lâcheté."

dimanche 25 juillet 2010

Thème : L'autre.




L'autre. Je sens s'abaisser mes paupières, tout devient rouge-gris-folie. Je presse plus fort, des points de lumière noire me vrillent les yeux. L'autre. Il ne reste plus qu'un rempart entre la paix et la furie. L'autre. Mes paupières s'emplissent, doucement, lentement, avec ténacité, d'une chaleur sourde. L'autre. Je reconnais trop bien cette chaleur, signature des larmes. Dans un dernier effort, je mords violemment, consciencieusement l'intérieur de ma joue, renvoie mes yeux vers l'arrière. Je garde les yeux fermés. L'autre. Les larmes ne passeront pas. Ma gorge n'explosera pas, qu'importe cette boule de douleur qui me vrille le larynx. L'autre. C'est arrivé. J'ai mal aux mains, la migraine m'entraîne dans un ailleurs de douleur. Cette douleur est mienne, je m'y enroule, m'y recroqueville. L'autre. Il me touche, ce sont ses mains sur ma peau, leur chaleur me glace, je voudrais hurler. Le mal est lancinant. Je me retiens, si j'émets un son, un seul, le rempart cèdera. Je me concentre sur cette douleur, sur cette horreur, tout plutôt que penser. L'autre. Je cherche à rassembler la force et le courage de me lever, l'énergie suffisante pour le laisser dans la pièce, celle pour quitter le contact moribond de ses doigts posés, presqu'enroulés dans ma nuque. L'autre. Je ne sais pas s'il y a beaucoup de sang, mais je le sens dans ma bouche, mes joues sont lacérées, je protège mon cœur de l'effroi. Je me prends à penser que cette boule que je sens au fond de ma gorge est réelle, si réelle qu'elle va me détruire. L'autre. Une autre vague de chaleur derrière mes paupières suffira, c'est maintenant ou jamais. Je me dresse sur mes pieds, sent qu'il tente de me retenir. Je vacille, c'est la douleur, celle du corps, celle du cœur, je ne sais plus. L'autre. J'ouvre les yeux, renvoie les larmes d'où elles viennent. Je n'ai que dix pas à faire pour m'oublier. L'autre. J'entends sa voix, il me dit parle-moi, il me dit regarde-moi, il crie, il est face à moi, je cherche à fuir son regard qui me poursuit. L'autre. C'est arrivé. Il me dit écoute-moi, je peux t'expliquer. J'ai la nausée, c'est la première fois je crois, la toute première fois que je la savoure. Elle m'occupe l'esprit. J'ai la nausée et je n'ai pas peur d'elle, j'ai peur de lui, j'ai peur des mots qu'il veut m'imposer. L'autre. Il me dit écoute-moi, et sa voix se brise. Quelque chose en moi aussi, je souris, j'étais sûre que tout est déjà brisé, défoncé, massacré. On est jamais assez loin dans la douleur. L'autre. Il tourne mon visage vers le sien, avec violence, j'ai le tournis, arrivée à hauteur de ses yeux, je clos les miens. Il me secoue, j'ai mal partout, la nausée s'en va. J'articule, péniblement, tu dois me lâcher, je dois m'en aller. Il me fait mal, je sens la marque de ses doigts s'imprimer dans ma joue, sa force me surprend, jamais il n'en a usé auparavant. Il me repousse, il crie pardon, je hurle non. Il ne peut pas dire pardon, il a parlé d'une autre, il n'a pas le droit de dire pardon. Il faut que ces mots soient les derniers. Je trébuche, tangue, attrape mes sandales par la bride et dévale les escaliers. Je l'entends derrière moi. Il crie écoute-moi, tu ne peux pas faire ça. Je ris entre mes larmes, j'ai si mal. L'autre, l'autre, l'autre. Je vais m'écrouler, mais si je m'écroule, j'aurai vraiment tout perdu. J'atteins la porte, l'ouvre, la referme, doucement. Je prends le temps de refermer le loquet, de tourner la clé. Je suivrai les règles jusqu'au bout. L'autre, l'autre, l'autre, je ne lutte plus. Le sol se rapproche, je crois que je tombe, j'espère que je meurs, j'espère un réveil lointain. Il a dit qu'il y en avait une autre, et moi, je meurs devant sa porte.

mercredi 21 juillet 2010

L'addiction.




Mon amour, je t'écris pour te rassurer : le docteur m'a sauvé la vie.
Il m'a trouvé le teint fatigué, les doigts torturés. Mes ongles rongés, mes cernes incurvées, lui ont mis la puce à l'oreille. Il a pris des tours et des détours avant d'oser planter ses yeux bleus acier au fond des miens et de poser sa question. La question. Mon amour, on aurait dit qu'elle le brûlait. C'est drôle, si drôle, je ris en y repensant, pardon, tu ne vas plus rien comprendre si je ris tant et plus. Il m'a demandé si j'avais des problèmes. J'ai sourit, et pensé : il y aura un soupçon de lumière au fond de mon regard, ce soupçon suffira a balayer les siens. Mais non, il a été plus loin. Il croit que je suis une camée. Il n'osait pas s'avancer, mon amour. Il a proposé l'alcool, il a suggéré la drogue, s'est repris, a parlé d'un usage doux, envisagé, apeuré, un usage fort. Ca m'a fait mal, tu sais, mon amour. Il a mis le doigt sur ce qui me consume, sur le fait que je sois dépendante, une vraie addict. Ce qui m'a fait si mal, c'est que jamais il ne connaîtra l'objet de mes tourments. Tu sais, mon amour, j'aurais pu lui dire que non, je ne fume pas, ne bois pas à outrance, ne me drogue pas, que mon teint vieilli, mes cheveux abîmés d'avoir été trop souvent tirés par tes doigts emmêlés et mes tremblements viennent d'ailleurs, mais à quoi bon. J'ai hoché la tête, et j'ai dit oui, oui, oui.
C'était terriblement libérateur, la douleur qui m'a prise été salvatrice.
Les convulsions ont commencé, les larmes ont roulé, mais je riais toujours. Et si, prétextant une addictions réprimée, on me débarrassait enfin d'une passion jalousée de tous ? Après tout.. Je suis malade, mon amour. Il faut que l'on me soigne. Je craignais qu'ils ne découvrent le pot aux roses, en signant ce papier qui permet mon internement dans ce centre de désintox'. Comment pourraient-ils ne pas remarquer que mon organisme est sain, que c'est ailleurs que tout débloque, ailleurs que le manque me bouffe, me creuse le corps, le cœur et l'âme, si l'on en a vraiment une. Je me suis affolée pour rien, mon amour. Ma voisine de chambre, explosée par trop d'héroïne et de cachets est presque plus jolie à regarder que moi. J'ai cru devoir mimer son martyr, affiner mon don de comédienne, mais non. Etre loin de toi a suffi. Mon corps s'est tordu, contracté, je me suis arraché les ongles et des poignées de cheveux, j'ai hurlé qu'on me prenne, qu'on me baise, qu'on me déchire le corps, j'ai supplié qu'on me relâche, j'ai déversé mon manque de toi. Je n'ai rien surjoué, le naturel a suffi. Tu sais, mon amour, le manque physique est d'une violence inouïe, mais il ne dure pas si longtemps. 5 jours ont suffi pour laver mon organisme de toi. Je t'ai vomi, je t'ai chié, de chaque parcelle de mon corps il a fallu t'extraire, j'ai cru en crever cent fois. Mais je suis là, je me tiens, faible, mais éveillée, devant cette lettre que je t'adresse. Mon corps va mieux, même s'il est à reconstruire. Il me reste à soigner mon accoutumance à tes mots, mon assuétude à tes désirs. Mon corps est encore un toxico, et je crois qu'un jour, j'irai aux alcooliques anonymes, fêter chaque jour passé sans toi. Il n'y aura que moi pour savoir que derrière la sentence habituelle : « je n'ai pas touché une goutte d'alcool depuis trois mois, deux semaines et un jour » se cache une autre déviance.
Pardon, mon amour. Je sais tous ces couples heureux de se perdre l'un dans l'autre, de se noyer, éperdus, trempés, dégoulinants de bonheur. Pardon, mon amour, je sais que nous, on aurait été au dessus de la liesse habituelle. Pardon, mon amour, je sais ta perfection, pardonne ma défection. Je t'abandonne, et cours me retrouver. Pardon, mais c'est si bon, mon amour.