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mardi 3 août 2010

Thème : Le penseur.



[L'atelier de cette semaine comporte deux options :
• Si vous connaissez l'histoire de la Divine Comédie et que vous vous en sentez le courage (parce que ça risque de ne pas être hilarant), vous pouvez tenter de retracer le cheminement des pensées de Dante dans l'antichambre de l'Enfer.
• Si comme moi vous êtes un peu à la masse quand on vous dit que ce texte est une merveille de la littérature parce que vous ne l'avez jamais lu, alors vous pouvez considérer le Penseur simplement comme un homme (et non comme le personnage qu'il représente) et lui inventer des sujets de réflexion et d'interrogations (exemple : "Mais où ais-je rangé mon string en dentelle ?" se demanda le penseur).]





Assis là, j’ai franchement l’air d’un trouffion.

Franchement. Ne cherchez pas à me rassurer, ne prenez pas l’air sévère pour me conter ce que ma pose possède d’artistique. Foutaises. J’ai l’air d’un vrai blaireau, les burnes à l’air. Mon air inspiré ne rattrape rien, croyez-moi.

Figé.
Glacé l’hiver, le froid mordant, esquintant ce qu’il reste en moi d’humain.
Incandescent l’été, la chaleur m’oppressant, faisant fondre les fientes des pigeons moqueurs, les chewing-gums, oublis volontaires des enfants. Ricanements.
Figé.

Constant, stable, ineffable, je fais office de valeur sûre, d’homme idéal.
Je n’irai jamais nulle part, je n’ai d’autre liberté que celle de penser, madame, vous n’aurez qu’à l’oublier, m’installer dans votre salon, je serai votre roi, le roi des cons. Je resterai, songeur, devant vos envies, vos caprices, vos futilités.
Vous serez libre de croire que certains soirs c’est à vos atours que je rêve.
Je suis condamné a espérer me ternir dans un intérieur meublé sans goût mais sans assauts météorologiques, sans catastrophes naturelles, sans gosses cruels.
Comprenez… Les siècles ont passé, je m’effrite, ne tarderai plus à m’émietter pour de bon.

Je voudrais seulement qu’on m’époussette, qu’on me lustre, retrouver la flamme, la stature qui en imposait tant. Si vous m’emportez, madame, peut-être je vous narrerai l’histoire du jour où l’on me changea en pierre.
Ah, idiot de penseur que je suis.

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