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lundi 28 février 2011

Thème : l'illusionniste.


Je ne sais plus à quel moment j’ai commencé à t’appeler l’homme en gris. Ca remonte à longtemps, au jour où tu m'as forcée à puiser mes sourires au fond de mes poches pour ne pas m'étioler. Je ne te l’ai jamais dit, c’est en silence que je te nomme ainsi. Lorsque tu t’approches, je trébuche, m’accroche les pieds, épluche les dernières parcelles de vie et m’enfonce dans ta présence comme dans un bouquet de ronces.

Les couleurs vives de mes vêtements tendent à se ternir, les couleuvres que tu m’énonces pour te vernir m’écœurent.

Il ne me reste pour survivre qu’à transformer tes soupirs, qu’à en faire des rires qui écorchent l’horreur. Je me glisse sans mal sous la peau d’une imposture, pour en changer la donne, effacer l’impur que tu affectionnes.

Je deviens mensonge et je te façonne un sourire. Je t’invente, te dépeins au gré de mes désirs, et m’enroule au creux de leur envie. Je ne vis plus que pour elle, dernier sursaut cruel d’une histoire à la quelle je suis la seule à croire.

Tu l’apprends et menace d’écrouler l’empire que je te fais construire, tu ne comprends pas qu’il m’est nécessaire de t’adoucir avant de nous laisser pourrir. Tu tempêtes et tes cris défoncent les murs qui nous entourent. Je me protège le cœur en dissimulant tes failles aux yeux des autres.
Telle l’illusionniste, j’efface le trouble et le remplace par ce qu'adulent les yeux crédules.

Je m’y engouffre, contourne tes colères, passe au travers, me ressers le dernier verre de notre histoire. Je ne sais pas encore si je l’avale ou te le recrache en plein visage.

dimanche 13 février 2011

Le petit philosophe.


J’aimerais vous présenter aujourd’hui d’un roman doux et sensuel, qui m’a touché au cœur. Il s’agit du « Petit philosophe » de Stephan Jougla.

Le hasard a voulu qu’au détour d’une librairie de seconde main, je tombe sur sa dernière œuvre. Parue en 2009, elle nous entraîne dans le monde de Louis et de ses milles frères. Louis a 12 ans, des mots plein la bouche et des pensées plein la tête. Il a aussi une mère qui se pare comme un paon, s’éclaire du jeudi au dimanche, quand elle part à la recherche de l’homme gentil, avant de s’éteindre du lundi au mercredi quand elle ne le rencontre pas. Louis qui est entouré de ses mille frères qu’il ne nomme pas, tant ils sont nombreux, ne voit son père qu’un mois l’été. La plume pour l’illustrer se teinte de rancune, sans jamais verser dans le drame.

Chaque semaine Louis aide sa maman a dénicher l’homme gentil, en se demandant quelle étrangeté permet aux enfants de naître et d’exister sans père. Le trouver l’effacera-t-il ? Un père peut-il naître après ses enfants ?

Il n’a que douze ans lorsque déjà les femmes de son entourage se mettent à l’envisager à la façon des adultes. La belle-mère ou la grand-mère se font caressantes, insistantes l’enfant ne réagit pas. En pointillés, les pourquoi, l’inceste légère, l’émoi profond. Louis ne ressent rien. Enfance ou indifférence ?

Jusqu’à Denis, la vie suit son cours. Jusqu’à Denis, la vie est lente, plus qu’enrichissante. Il est l’homme-gentil. L’homme instruit. L’étudiant qui lit jusqu’à se perdre au travers des mots. L’homme plus jeune, l’homme amoureux de la mère.

Louis l’épie, se nourrit de sa présence, découvre la lecture, se plonge en elle, espérant y retrouver l’empreinte de Denis. Parfois, la nuit, il n’y résiste pas : il rejoint la chambre des amoureux, caresse l’étoffe des dessous de l’homme et s’endort au son des soupirs du couple.

La maman de Louis est jalouse de loin. De leur amitié. De leurs liens. Des regards échangés qui l’éloignent du fils et de l’amant. Elle se tait.

Intuitivement, on comprend, on ressent. L’émoi. Les froissements du désir. On aperçoit au loin l’adolescent qui quitte l’enfance, l’étudiant qui tendrait bien la main.

On ferme les yeux, rien n’est écrit vraiment. On se prend à rêver doucement…