Pages

jeudi 30 septembre 2010

Thème : Le meurtre parfait.




Mobile : Le plaisir, quoi d’autre ?

Ils me font rire. Jamais je n’aurais imaginé avoir à remplir un questionnaire, alors que je serai accusé de meurtre. Jamais je n’avais été accusé de meurtre, remarquez. Mais un questionnaire type, quand même. Ca ressemble à une blague, au point de craindre ne pas être pris au sérieux. Donc, j’en suis arrivé à la case « Mobile ». On vit dans un Monde où j’ai eu le temps de tuer sans me faire voir, mais où on n’a pas le temps pour écouter mes aveux. C’est drôle, en un sens. Non ?
Donc, le mobile. Comme je l’ai écrit, le plaisir.
Evidemment, le plaisir.
Ou la dévotion.

Ils ne semblent pas revenir, j’ai le temps de coucher sur le papier mes éclats. J’en ferai peut-être un roman. Le roman de ma vie. Le roman de sa mort. J’observe mes doigts, encore couverts de sang séché, et les porte à mon nez. Une odeur ferreuse m’écœure plus que le parfum qu’elle portait.
J’ai tué mon amour. C’est ce qu’on retiendra, pourtant, j’ai fait tellement plus que ça, tellement mieux, tellement plus fort. Si vous devez me haïr, ayez la décence de vous en rappeler. Je pense pouvoir éviter la condamnation pour meurtre avec préméditation, étant donné que cinq minutes avant d’entrer dans son corps pour la dernière fois, je n’avais pas la moindre idée que j’allais le faire. N’empêche… Je reste convaincu qu’elle préparait cette fin depuis toujours.

Au lit, elle était différente.

Différente, oui. Différente de tout ce que vous auriez pu imaginer, de tout ce que vous connaissez, aussi. Je pourrais vous renvoyer aux vidéos osées de sadisme et de masochisme, mais c’était autre chose. Elle ne prenait plaisir que dans la douleur. Moi, ça vous surprendra peut-être, mais c’est quelque chose qui m’a plutôt agacé, pendant des années. On ne pouvait jamais faire ça normalement, il fallait toujours des accessoires, des plus basiques aux plus saugrenus. Si je n’avais rien contre l’idée d’être attaché, celle de transformer tout abandon en strangulation n’était pas trop mon truc. Elle aimait les coups et les réclamait.

J’ai cru à l’innocence de ses yeux un certain temps, mais j’ai fini par me rendre à l’évidence. Lorsque nous faisons l’amour, elle n’était pas là. Une autre chose prenait sa place, une chose effrayante et terrifiante, qui gémissait trop fort, et braillait des mots que je ne pourrais répéter ici.
Elle était possédée, je n’avais aucun rôle à jouer, pour ma part, dépossédé de chacun de mes élans.
Il y avait soudainement, au fond de son regard, une lueur sans plus rien d’humain. C’est celle-ci qui me suppliait d’être violent, qui me contraignait à la cruauté, aux sévices, à l’horreur. Le diable était en elle, et il me narguait. Tant et si bien, que je me suis pris à aimer ça, lentement, douloureusement. Les années ont passé, ses désirs ont conditionné les miens. Je suis devenu assoiffé, non plus d’amour, non plus de sexe ou de passion, mais de barbarie.
Du soir au matin, je rêvais de la briser. D’esquinter son joli sourire, de déchirer sa peau, de griffer son corps, d’y laisser ma trace, de la marquer. A vie, plus seulement pour une nuit. Vous comprenez, ce que j’essaie de vous dire ? Le diable a pris possession de moi, elle n’était qu’intermédiaire, je ne pouvais plus LE laisser faire. Lorsque ses cris cessaient, lorsque mon corps épuisé retombait sur le sien, je m’en voulais terriblement. Parce que je savais, qu’inexorablement, le désir cru, sale et tordu me reprendrait. Cela devait cesser.
Tout a commencé par le désir, tout devait se clore par le plaisir.

J’ai laissé Satan la pénétrer une dernière fois, j’ai passé tous les caprices de la petite fille perverse qui dormait dans mon lit depuis tant d’années, et je l’ai rendue folle, comme jamais. Mais quand, attachée, elle a craché dans un souffle qu’elle m’aimait, la lueur terrible encore brûlante au fond de son regard, c’est le diable qui parlait. Je ne l’ai pas supporté, de sous les draps, j’ai sorti le grand couteau, celui que ma petite fiancée aimait tant sentir contre son cou, et je l’ai entré, sans délicatesse, dans le velouté de sa peau.
Elle a sans doute du brailler, mais je n’ai rien entendu. J’étais trop occupé à faire sortir le mal d’entre ses entrailles.
Je suis sûr que de tout là haut, elle doit m’observer avec tendresse, enfin apaisée.

Ne la décevez pas, relâchez-moi.

Aucun commentaire: