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jeudi 28 juillet 2011

La farce.



Ca ne devait être qu’une farce. Rien de plus.

Chaque détail était pensé, chaque action répétée, chaque parole intériorisée, chacun des gestes mémorisé.
Comment les choses ont-elles pu tourner ainsi ?

C’était notre anniversaire. Ce soir-là, nous allions avoir 3 ans. Depuis que je l’avais rencontrée, j’étais comme… Revenu à la vie. Comme je n’ai jamais été doué pour le romantisme exacerbé, les rimes tendres, les mots doux, les poèmes, j’ai pensé me mettre en scène. Mettre en scène ces ressentis brouillons mais si puissants. Longtemps, je n’ai eu que de vagues intentions. Je voulais qu’elle me trouve allongé, comme mort. Qu’elle s’approche de moi, et qu’au contact de ses doigts, de son souffle, je fasse mine de m’éveiller à la vie. Une seconde fois.
Si seulement j’avais su manier les mots, comme elle.

Si seulement je ne m’étais pas laissé entraîner dans cette histoire plus folle à mesure que s’amoncelaient les détails de mon plan scabreux. Comment ais-je pu croire que cette surprise ne finirait pas en farce tragique ?

Le matin de la farce, à l’aube du drame, je me suis rendu chez le fleuriste. Je lui ai acheté d’immenses bouquets de roses rouges. Celles dont les tiges étaient les plus longues, les pétales les plus sombres. Je voulais que tout soit parfait. L’un des bouquets a orné la table du salon, sur laquelle l’attendrait bientôt un repas mémorable. L’autre, je l’ai découpé minutieusement. Tout le salon était recouvert de pétales épars. C’était très beau. La lumière des bougies tamisait l’ambiance.
Je pense que c’est à ce moment-là que j’aurais du comprendre. Je touchais au romantisme le plus classique. Dans la poche de ma veste se trouvait une bague, - une bague de fiançailles, pour faire mentir l’adage, celui qui veut qu’un couple périme dès la troisième année consommée-, qui lui plairait, j’en étais sûre. Notre bonheur était presque perceptible, il était à portée de mains.

Mais, j’ai continué. J’ai persévéré.
Je suis le roi des cons.

Je suis monté, j’ai lacéré ma chemise. J’ai couvert mon torse du sang obtenu à la boucherie, et dessiné des entrailles qui semblaient profondes, juste au niveau du cœur.
Quand elle m’a trouvé, vous savez, mon cœur brisé battait à peine. J’espérais que le parallèle lui saute aux yeux.
Comment ais-je pu être aussi bête ?

Je me suis allongé dans le salon, et j’ai attendu. Elle a téléphoné, trois fois. Je ne pouvais pas répondre, il fallait à tout prix rester cohérent. Elle a eu une heure de retard, et à son pas chancelant, j’ai vu quelle était saoule. Elle a crié après moi, et s’est mise à baragouiner des mots que je n’ai pas compris. Je pense qu’elle parlait d’un ami, et de la voiture. D’un grand choc, aussi.

Elle m’a vu, étendu sur le sol. Elle s’est mise à hurler.

Elle a couru, sans avoir ouvert les yeux, je le sais. Le sol a tremblé, mon corps a vibré. Elle a gémi, et j’ai entendu ce bruit atroce, monstrueux, que je n’oublierai jamais. Celui d’une fenêtre qui se brise en mille morceaux, emporté par le poids d’un corps.
Nous habitions au 5ème étage.

Comme elle m’a fait naître, je l’ai fait mourir.

Tout ça ne devait être qu’une farce, vous savez.

Une métaphore, un chant d’amour.

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee


Lorsqu’on lit énormément, on se retrouve confronté à toutes sortes d’ouvrages. Certains nous semblent tout juste passables, d’autres nous glissent des doigts, nous agacent ou nous délassent seulement. De temps en temps, ils nous entraînent, nous font rêver ou nous ouvrent les yeux, vers un ailleurs hors du temps. C’est de cet état, entre rêve et conscience, que j’aimerais vous parler aujourd’hui.

J’ai un aveu à faire : je suis passée de nombreuses fois devant ce roman, sans jamais penser à l’ouvrir. Si je me suis décidée à le lire, c’est grâce à madmoiZelle. Depuis quelques temps, pas un mois ne passait sans qu’au moins l’une d’entre nous ne vante les mérites de cette œuvre.

De quoi titiller ma curiosité, et me pousser à revoir un jugement à l’emporte-pièce. Après lecture, que dire de cette Œuvre ?

Qu’elle s’est hissée au rang des classiques américains, et ce, du vivant de l’auteur ? Que la vie de celle-ci reste chargée de mystère ? Que ce roman, pépite des pépites, reste le seul qu’elle ait écrit à ce jour ? Que ses nombreux admirateurs espèrent découvrir de pleins tiroirs de manuscrits après sa mort, ou sont persuadés qu’elle n’a pu que continuer à écrire, sous d’autres pseudonymes?

Ces questions m’ont intriguée et ont décuplé mon envie de découvrir ces mots. J’ai glissé ce roman dans ma valise, et je m’y suis plongée pour en ressortir… Presque différente. Les noms de chacun des protagonistes claquaient sous ma langue et s’imprégnaient dans mon esprit.

« Scout », surtout.

Parce que « Scout » est celle par qui l’histoire se dévoile. Scout est une toute petite enfant lors des premières pages, et n’aura pas neuf ans à la fin. Ce sont par ses yeux, par ses pensées, par son appréhension du monde que nous sommes invités à découvrir, pas à pas, les méandres de la justice, de l’injustice surtout. Elle nous entraîne dans d’incroyables histoires qui animent tous les enfants, dès qu’ils se retrouvent ensemble pendant les longues journées d’été.

L’intrigue se situe dans les années 30 et leur racisme ambiant. Atticus Finch, le papa de Scout et Jem est avocat de la petite ville de Maycomb, en Alabama. Il est commis d’office à la défense d’un homme noir et donc coupable par essence.

L’homme noir aurait violé une femme blanche. Les dès sont lancés mais le jeu est pipé.

Scout, par ses jeux, ses réflexions sur le monde, sa poésie d’enfant, ses questionnements au père, -figure sage, emblématique- nous emmène au fil des pages vers une incompréhension grandissante. Celle de l’étendue de la bêtise humaine et de la violence qui en découle.

Ce roman est une perle, une ode à la tolérance, un rappel à l’enfance, à l’ouverture d’esprit qui la caractérise, avant, oui, juste avant que les adultes ne viennent lui fermer la porte au nez.