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mercredi 8 décembre 2010

La chanson.


Thème : La chanson. Choisir une chanson qui nous parle pour une raison ou une autre, l'expliquer, ou en faire une fiction.
Chanson choisie : « La vie devant moi » Zazie.

~ Invente-moi des histoires, que je puisse enfin, enfin trouver le sommeil... ~


Air buté, visage fermé, traits tirés. Tous les matins, devant ta tasse de café, te féliciter d’être parvenue à grappiller une minute de sommeil en plus, en te couchant plus tôt, en rangeant tes affaires le soir, en étant méthodique et ordonnée. Tu en pleurerais. C’est la vie en gris.
Le bain du matin le lundi, devient douche le mercredi, s’efface le vendredi. Le manque de sommeil l’emporte sur le reste. Les cheveux sont moins nets, les tenues moins douces, le teint plus terne. Le déjeuner, baclé, assis tailleur dans l’escalier. C’est la cavalcade, la course pour être à l’heure. Un galop furieux vers l’abrutissement. Pardon, l’aboutissement. C’est la vie en petit.
L’hiver, les journées s’étirent, le froid brise, on s’enferme loin de la clarté, on ne sort qu’une fois la nuit tombée. On n’a pas à attendre longtemps. On quitte la vie dans le noir, on la retrouve dans le même état.


~ Berce-moi d’illusions, de rêves de mômes, quand on sera grands, ils seront gentils les hommes ~


Partout, l’oubli des seules choses qui ont un prix. L’amour a perdu du terrain, sale temps pour les romantiques, pour les rêveurs. Ce n’est pas qu’on s’y soit fait, le plus terrible, c’est qu’on en a fait combat, une revendication, un hymne. On se veut perdant, on en réclame le droit. Les hommes sont durs, on les excuse, on les encourage, pire, on leur permet la cruauté. Et que pleuvent les injures à l’amour, et que se brisent les histoires. Sans regrets, tout est pourri. C’est tout ou rien, on prend, on jette. On l’accepte. C’est la vie en moins.


~ dis-moi que j’ai le temps de trouver l’amour, avant que l’amour ne soit plus qu’un rêve d’avant. ~


Une constante, un devoir : rater sa première histoire d’amour. La réussir serait un échec, un manque de respect à la jeunesse. Une fois la rupture digérée, se jeter à cœur perdu sur d’autres corps, s’abîmer les sens contre des odeurs qui ne nous appellent pas, et finalement, se créer la vie la plus sécurisée qui soit. C’est hypocrite, mais tant pis. Prends un amant pendant deux ans à, vis avec lui pendant trois ans, fais lui gosse pour les mauvaises raisons, quand tu auras l’âge, l’argent, la situation, épouse-le ce partenaire, mais rassure-toi si ton cœur ne bat pas la chamade, tu divorceras bien avant d’avoir vu grandir le fruit de vos entrailles. C’est la règle, mais les jeux sont pipés. Si tu crois à l’amour, tu es perdu d’avance. Rentabilise ton corps, qu’on te l’éclate, ne passe pas à coté de ta jeunesse. Tu finiras toute seule, mais c’est un moindre mal, tu auras appris à ne penser qu’à toi. Ca ne te changera pas tellement. Encaisse, ma grande, et souris. Si tu tires la tronche, tu ne donneras pas envie. Encaisse.


~ Dis-moi que j’ai le temps de courir le Monde, avant que le Monde ne soit mis à feu et à sang. ~


Tu veux voyager, mais voyager, pour aller où ? Pour apprendre quoi ? Une langue, une culture ? Pour t’enrichir. De préférence, entre 18 et 20 ans, si tes parents ont les moyens. Va donc apprendre la vie dans un appartement au loyer affolant que tu n’auras pas à sortir de ta poche. Ma grande, tu veux voyager, mais pour aller où, pour ajouter quelle valeur à ta personne ? Tu t’en fous, tu veux voir du pays, tu veux suivre le soleil, tu veux te lever tard et observer tes poils se dorer sous la chaleur. Malheureuse. Et ta carrière, -parlons-en de ta carrière, que vas-tu faire de ta vie, à la fin ? -tu vas apprendre l’anglais là-bas, au moins ? Rentabilise ton temps, ton existence, ne la laisse pas filer. Et fiche-moi la paix avec le bonheur et l’envie d’être heureux. Tu n’as qu’une vie, tu ne vas quand même pas la passer à vivre, ma belle. Et souris, je te dis.


~ Dis-moi qu’un jour, je retrouverai le courage pour avoir la vie dont je rêvais ~


Retrouver le courage pour avoir la vie dont tu rêvais, drôle d’idée. Tu rêvais d’une vie qu’on continue à appeler conventionnelle, mais qu’on n’observe plus nulle part. Du bonheur léger. Pas de grosses brûlures qui font sentir qu’on vit, parce que quand on est heureux, on perd le besoin d’être mordu, brisé, abîmé, pour se rappeler que l’espace d’un instant, on a frôlé le bonheur. Avoir besoins des cris, c’est le grand truc des gens malheureux qui se persuadent du contraire. Tu rêvais de pouvoir écrire que la vie te donne ce que tu attends d’elle. Un homme, un seul, pour toute une vie. Et qu’on en rie, ça n’est pas toi qui finira seule après cinq maris et douze amants. Une jolie maison. Des animaux. Des voyages aussi souvent que possible, au coin de la rue, au bout du Monde, ou seulement dans la tête. Un enfant, ou deux, ou trois. Etre souvent à la maison, souvent dans tes pensées. Des livres à profusion, une bibliothèque plus fournie que tu n’arrives encore à te l’imaginer, des cinémas, et de la chaleur. Des heures à écrire, tous les jours. La vie douce. L’oisiveté des mots. Ce serait bien, de retrouver le courage de se foutre de l’avis de ceux qui se trompent sur le sens à donner à ta vie. Qu’ils vivent de leurs carrières et de leurs amours en demi-teintes, de leurs vacances en hôtel-club, qu’ils profitent de leur indépendance avant qu’elle ne se mette à trop puer la solitude. Et qu’ils t’oublient.



Les paroles complètes de la chanson : ici.

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