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lundi 28 février 2011

Thème : l'illusionniste.


Je ne sais plus à quel moment j’ai commencé à t’appeler l’homme en gris. Ca remonte à longtemps, au jour où tu m'as forcée à puiser mes sourires au fond de mes poches pour ne pas m'étioler. Je ne te l’ai jamais dit, c’est en silence que je te nomme ainsi. Lorsque tu t’approches, je trébuche, m’accroche les pieds, épluche les dernières parcelles de vie et m’enfonce dans ta présence comme dans un bouquet de ronces.

Les couleurs vives de mes vêtements tendent à se ternir, les couleuvres que tu m’énonces pour te vernir m’écœurent.

Il ne me reste pour survivre qu’à transformer tes soupirs, qu’à en faire des rires qui écorchent l’horreur. Je me glisse sans mal sous la peau d’une imposture, pour en changer la donne, effacer l’impur que tu affectionnes.

Je deviens mensonge et je te façonne un sourire. Je t’invente, te dépeins au gré de mes désirs, et m’enroule au creux de leur envie. Je ne vis plus que pour elle, dernier sursaut cruel d’une histoire à la quelle je suis la seule à croire.

Tu l’apprends et menace d’écrouler l’empire que je te fais construire, tu ne comprends pas qu’il m’est nécessaire de t’adoucir avant de nous laisser pourrir. Tu tempêtes et tes cris défoncent les murs qui nous entourent. Je me protège le cœur en dissimulant tes failles aux yeux des autres.
Telle l’illusionniste, j’efface le trouble et le remplace par ce qu'adulent les yeux crédules.

Je m’y engouffre, contourne tes colères, passe au travers, me ressers le dernier verre de notre histoire. Je ne sais pas encore si je l’avale ou te le recrache en plein visage.

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